Le cododo reste un sujet qui divise. Très répandu dans de nombreuses familles, il est pourtant encore parfois considéré comme une habitude dont on parle peu. Dormir dans la même chambre que son bébé peut apporter du réconfort, mais cette pratique n’est pas sans conséquences, notamment lorsqu’elle se prolonge.
Des millions de parents choisissent de dormir à proximité de leur enfant, souvent sans vraiment en parler autour d’eux. En France, certains parents hésitent même à reconnaître qu’ils partagent encore leur chambre avec leur bébé. Pourtant, cette habitude est loin d’être exceptionnelle à l’échelle mondiale.
Selon une enquête internationale portant sur des nourrissons âgés de 0 à 36 mois, le co-sleeping concernerait près de 64,7 % des enfants dans les pays à majorité asiatique. Dans de nombreuses cultures, faire dormir un bébé seul dans une chambre séparée est donc beaucoup moins courant que dans les pays occidentaux.
Le cododo peut effectivement présenter plusieurs avantages. Dormir près de son bébé peut favoriser le lien d’attachement, faciliter les réveils nocturnes liés à l’allaitement et rassurer les jeunes enfants. Pour certains parents, cette proximité permet également de mieux surveiller leur bébé pendant la nuit.
Cependant, lorsque cette organisation se prolonge, elle peut aussi avoir un impact sur la qualité du sommeil. D’après des travaux relayés par l’Académie américaine de pédiatrie, dès l’âge de quatre mois, les enfants dormant dans la même chambre que leurs parents, sans partager leur lit, pourraient connaître un sommeil moins réparateur que ceux installés dans leur propre chambre.
Quand le cododo perturbe le sommeil des enfants
L’un des principaux problèmes concerne les réveils nocturnes. Lorsqu’un enfant se réveille et aperçoit immédiatement ses parents, il peut avoir tendance à les solliciter pour se rendormir. À force, cette habitude peut rendre plus difficile l’apprentissage de l’endormissement autonome.
L’Institut européen du sommeil explique notamment que cette situation peut entraîner un temps de sommeil plus court et favoriser certaines habitudes nocturnes difficiles à modifier. Dès que l’enfant appelle, les parents interviennent. Il peut alors finir par associer leur présence au fait de réussir à se rendormir.
Or, un manque de sommeil régulier chez l’enfant n’est pas anodin. Un sommeil insuffisant peut avoir des répercussions sur l’humeur, la concentration, l’apprentissage ou encore la régulation de l’appétit. Plusieurs recherches ont également mis en évidence une association entre un sommeil trop court et un risque plus élevé de surpoids chez les plus jeunes.
Certains spécialistes parlent même de « béquille du sommeil ». L’enfant prend alors l’habitude d’avoir besoin de la présence de son père ou de sa mère pour trouver le sommeil. Ce fonctionnement n’est pas forcément problématique à court terme, mais il peut compliquer la transition vers une chambre indépendante.

Des rythmes de sommeil différents
Le cododo demande aussi à toute la famille de composer avec des horaires qui ne sont pas toujours compatibles. Les rythmes de sommeil des adultes et des enfants sont naturellement différents. Les plus petits se couchent généralement plus tôt et peuvent également se réveiller davantage pendant la nuit.
Dans une chambre partagée, les parents doivent parfois modifier leurs habitudes pour éviter de réveiller leur enfant. Lumière, télévision, conversations ou simple déplacement dans la chambre peuvent rapidement devenir une source de perturbation.
Et les parents dans tout ça ? Leur sommeil peut lui aussi être fortement affecté. Un enfant bouge beaucoup pendant la nuit : il se retourne, change de position, parle parfois en dormant et peut même donner des coups de pied. Ces mouvements suffisent à provoquer des micro-réveils répétés chez les adultes.
À la longue, cette accumulation de nuits fragmentées peut entraîner de la fatigue et rendre le quotidien plus difficile. Le cododo doit donc rester une organisation familiale adaptée aux besoins de chacun, et non devenir une situation subie.
Avant quatre mois, le partage du lit expose les nourrissons à un risque accru de mort subite du nourrisson
Il est également essentiel de faire la différence entre le partage de la chambre et le partage du lit. Dormir dans la même pièce que son bébé ne signifie pas nécessairement dormir dans le même lit.
Depuis 2022, l’Académie américaine de pédiatrie recommande de ne pas faire dormir un nourrisson de moins de quatre mois dans le même lit qu’un adulte. À cet âge, le partage du lit est associé à un risque plus important de mort subite du nourrisson et d’autres décès liés au sommeil.
La présence de couvertures, d’oreillers, d’un matelas trop mou ou encore le risque qu’un adulte recouvre involontairement le bébé pendant son sommeil peuvent notamment augmenter le danger.
En France, la mort inattendue du nourrisson reste une cause majeure de décès avant l’âge d’un an. Santé publique France estime que 250 à 350 bébés sont concernés chaque année.
Le cododo n’est donc pas forcément à bannir, mais il mérite d’être pratiqué avec discernement. Dormir à proximité de son bébé peut faciliter les premières semaines, tandis qu’un passage progressif vers un espace de sommeil indépendant et sécurisé peut ensuite favoriser de meilleures habitudes nocturnes pour l’enfant comme pour ses parents.
