Fernand a fait un choix de vie que peu de personnes seraient prêtes à assumer : s’installer dans un petit village isolé, presque entièrement déserté par ses habitants. Dix-sept ans plus tard, il ne regrette pourtant rien. Bien au contraire, cette vie loin de l’agitation lui permet de profiter du calme, de préserver son indépendance et surtout de réduire considérablement ses dépenses.
Bienvenue à Benamira, un village situé près de Soria, en Castille-et-León, en Espagne. Ici, les rues sont silencieuses, les maisons restent fermées une grande partie de l’année et le rythme de vie semble presque appartenir à une autre époque. C’est dans ce décor singulier que Fernand a décidé de s’installer il y a maintenant 17 ans. Un quotidien atypique qu’il assume totalement, notamment parce qu’il lui permet de mieux maîtriser son budget. (Voir la vidéo ci-dessous)
Pourtant, Benamira n’a pas toujours ressemblé à un village abandonné. Autrefois, près de 200 habitants y vivaient encore. Comme beaucoup de petites communes rurales espagnoles, le village s’est progressivement vidé avec le départ des jeunes générations vers les villes et l’évolution des modes de vie. Malgré cette désertification, Fernand, lui, a choisi de rester.
Fernand vit seul dans un village inhabité
Dans un reportage publié sur la chaîne YouTube de Diego Revuelta, le journaliste est parti à la rencontre de Fernand afin de découvrir son quotidien. L’objectif : comprendre pourquoi cet homme reste aussi attaché à ce mode de vie rural, alors que la grande majorité des maisons du village sont aujourd’hui inhabitées.
Parmi les principales raisons de son choix, Fernand met en avant les économies qu’il réalise chaque mois. Il vit dans une maison appartenant à sa famille et ne verse donc aucun loyer. Dans un contexte où le coût du logement pèse lourd dans le budget de nombreux foyers, cet avantage fait une vraie différence.
Ses dépenses mensuelles restent principalement liées à l’électricité et au carburant. Fernand explique gagner environ 1 500 euros par mois et pouvoir mettre une partie de cette somme de côté : « Je gagne 1 500 euros et j’économise car le loyer est de zéro euro puisque la maison appartient à ma famille ; en électricité, je dépense environ 40 euros et 300 en essence. »
Fernand ne paie aucun loyer dans son village
L’absence de loyer représente forcément un avantage important, mais vivre dans un village aussi isolé implique également quelques contraintes. La première concerne l’accès aux commerces. Pour faire ses courses ou acheter certains produits du quotidien, Fernand doit parcourir plusieurs kilomètres avant de rejoindre le premier supermarché.
Dans cette région rurale, la voiture est indispensable. Cela explique pourquoi son budget consacré à l’essence reste relativement élevé malgré ses faibles dépenses de logement. Ce qu’il économise d’un côté est donc en partie compensé par ses déplacements réguliers.
Autre difficulté : l’accès à Internet. Dans un village aussi peu peuplé, bénéficier d’une connexion stable n’est pas toujours simple. Fernand dépense ainsi environ 50 euros par mois pour son forfait mobile et Internet. Cela ne suffit cependant pas à lui faire regretter son choix. À ses yeux, le calme de la campagne vaut largement ces quelques contraintes.
Fernand est devenu le gardien du village
La semaine, Fernand travaille dans l’entretien des routes, du lundi au vendredi. Son lieu de travail se trouve à seulement une quinzaine de minutes de son domicile. Une proximité qui lui permet de profiter pleinement de son temps libre une fois sa journée terminée.
Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il ne s’ennuie pas. Fernand pratique le jogging, entretient son potager, fait du taekwondo et écrit également des monologues humoristiques inspirés de la vie à la campagne. Une manière bien à lui de transformer la solitude en source de créativité.
Il plaisante d’ailleurs sur sa situation en déclarant : « Je suis monologuiste par obligation, car je n’ai personne à qui parler. » Malgré cette remarque pleine d’autodérision, Fernand assure ne pas souffrir de la solitude. Selon lui, le milieu rural lui apporte une tranquillité et une qualité de vie psychologique qu’il aurait beaucoup de mal à retrouver dans une grande ville.
Benamira compte aujourd’hui environ 58 maisons, mais la plupart restent fermées pendant une grande partie de l’année. Le village retrouve toutefois un peu d’animation à l’arrivée des beaux jours, lorsque certains propriétaires reviennent profiter de leur résidence. Présent toute l’année, Fernand veille naturellement sur les lieux. Au fil du temps, il est ainsi devenu, presque sans l’avoir cherché, le véritable gardien de Benamira.
