« Il m’a traité de nul devant tout le monde. » Votre enfant rentre de l’école la mine fermée, parce qu’un camarade l’a insulté dans la cour. Et vous, vous hésitez : faut-il lui dire d’ignorer, de répondre pareil, ou d’aller voir la maîtresse ?
Les spécialistes de l’enfance sont assez d’accord sur un point : il n’existe pas de formule magique, mais il existe bien une « réponse parfaite ». Ce n’est pas tant une phrase qu’une attitude : courte, calme et sûre de soi. Voici comment aider votre enfant à la trouver.
Pourquoi ni insulter en retour, ni faire semblant de rien ne suffit
Premier réflexe de beaucoup de parents : « S’il t’insulte, insulte-le aussi ! » Mauvaise idée. Répondre par une insulte ou par un coup fait monter la tension, et c’est souvent l’enfant qui riposte qui se fait punir. Votre enfant passe alors de victime à fautif aux yeux des adultes.
Autre conseil classique : « Ignore-le. » Ça peut marcher avec un camarade qui cherche juste à faire rire les autres. Mais quand l’enfant est visiblement blessé, faire semblant de ne pas entendre ne trompe personne, et l’autre continue. Car celui qui insulte cherche avant tout une réaction : des larmes, de la colère, de la gêne.
Selon la psychothérapeute Emmanuelle Piquet, spécialiste du harcèlement scolaire, ce n’est d’ailleurs pas la différence d’un enfant qui attire les moqueries, mais la façon dont il la vit et y réagit. C’est donc sur sa réaction qu’on peut agir.
La réponse parfaite : courte, calme et assurée
Les guides de prévention destinés aux parents donnent tous les mêmes repères. Face à une insulte, votre enfant peut :
- regarder l’autre dans les yeux, plutôt que baisser la tête ;
- dire clairement qu’il n’accepte pas, d’une voix ferme mais sans crier : « Je n’aime pas que tu me parles comme ça. Arrête. » ou simplement « Stop ! » ;
- se tenir droit et garder un visage calme, même s’il est bouleversé à l’intérieur : montrer qu’il n’est pas une cible facile compte plus que les mots eux-mêmes ;
- puis s’éloigner tranquillement, vers ses copains ou vers un adulte, sans attendre la réponse.
Certains enfants préfèrent une réplique encore plus courte, qui coupe l’herbe sous le pied de l’autre : « Et alors ? », « Si tu le dis », « C’est ton avis, pas le mien ». L’idée est toujours la même : ne pas donner à l’autre la réaction qu’il attend. Une insulte qui ne fait aucun effet perd vite tout son intérêt.
La riposte avec humour : la méthode d’Emmanuelle Piquet
Fondatrice des centres « À 180 degrés » et de l’association Chagrin scolaire, Emmanuelle Piquet va plus loin. Plutôt que de compter sur les adultes pour régler le problème, elle apprend aux enfants à riposter eux-mêmes, avec des mots.
Sa méthode repose sur un effet de surprise. Celui qui insulte s’attend à voir sa cible pleurer ou s’énerver. Si elle répond avec humour, voire avec autodérision, le rapport de force s’inverse : c’est l’agresseur qui se retrouve déstabilisé, devant les autres élèves. Elle raconte par exemple le cas d’une fillette surnommée « crapaud », qui a désarmé sa harceleuse en lui tendant un chewing-gum avec une petite remarque ironique.
Ces ripostes ne s’improvisent pas. Avec l’enfant, on reconstitue la scène, on choisit ensemble la bonne réaction (parfois une phrase, parfois juste soutenir le regard), puis on s’entraîne jusqu’à pouvoir la dire sans trembler. Résultat : l’enfant ne se voit plus comme une victime, mais comme quelqu’un capable de se défendre.

Comment l’entraîner à la maison
Pour qu’il ose répondre le jour J, rien de tel que de répéter à la maison, comme un petit jeu :
- trouvez ensemble 2 ou 3 phrases avec lesquelles il se sent à l’aise : ce doivent être ses mots, pas les vôtres ;
- faites un jeu de rôle : vous jouez celui qui se moque (gentiment), il s’entraîne à répondre en vous regardant dans les yeux ;
- travaillez la posture et la voix : dos droit, épaules ouvertes, voix posée. Recommencez jusqu’à ce que ça devienne naturel ;
- prévoyez un plan B : s’il n’arrive pas à répondre, il a le droit de s’éloigner et d’aller voir un adulte. Ce n’est pas « rapporter », c’est se protéger ;
- encouragez-le à rester avec ses amis dans la cour : un enfant entouré est beaucoup moins visé.
Ce que les parents doivent dire… et éviter
Votre réaction compte autant que la sienne. L’essentiel : l’écouter et le croire, sans minimiser (« ce n’est rien, ce sont des gamins ») et sans dramatiser.
Évitez absolument les phrases qui le culpabilisent, comme « tu n’as qu’à te défendre » ou « tu l’as peut-être un peu cherché ». Évitez aussi de foncer voir l’autre enfant ou ses parents à la sortie de l’école : votre enfant risque de passer pour celui qui « a besoin de sa maman », ce qui peut aggraver les choses. Emmanuelle Piquet conseille même de lui promettre de ne rien faire sans son accord, pour qu’il continue à se confier.
Enfin, rappelez-lui régulièrement ses qualités. Un enfant qui a confiance en lui encaisse beaucoup mieux une insulte, et répond plus facilement.
Insulte ponctuelle ou harcèlement : savoir faire la différence
Une insulte isolée, aussi blessante soit-elle, fait malheureusement partie de la vie de la cour. Mais quand les attaques se répètent, qu’elles viennent toujours du même enfant ou d’un groupe, et que votre enfant n’arrive plus à s’en sortir seul, on parle de harcèlement. Selon une enquête nationale menée auprès de près de 22 000 élèves, environ 5 % des écoliers, 6 % des collégiens et 4 % des lycéens se considèrent victimes.
Certains signes doivent vous alerter : il ne veut plus aller à l’école, se plaint souvent du ventre ou de la tête le matin, dort mal, s’isole ou revient avec des affaires abîmées. Dans ce cas, ce n’est plus à lui seul de trouver la bonne réponse : prévenez rapidement l’enseignant et le directeur. Vous pouvez aussi appeler le 3018, numéro gratuit et anonyme contre le harcèlement, joignable 7 jours sur 7. Depuis 2022, le harcèlement scolaire est d’ailleurs un délit en France.
En bref
Face à une insulte, la meilleure réponse est courte, calme et assurée : regarder l’autre, dire « Stop » ou « Je n’accepte pas », puis s’éloigner.
L’humour et les ripostes préparées à la maison aident l’enfant à reprendre confiance et à déstabiliser celui qui l’insulte.
Si les insultes se répètent, c’est du harcèlement : prévenez l’école et n’hésitez pas à appeler le 3018.
Et vous, que conseillez-vous à vos enfants quand ils se font insulter à l’école ? Partagez vos astuces en commentaire !
Sources
- La Libre – Emmanuelle Piquet : « J’apprends aux enfants à riposter »
- Pass Education – La méthode d’Emmanuelle Piquet pour aider les enfants à se défendre
- Sécurité publique Canada – Mettre fin à l’intimidation : conseils aux adultes (4 à 11 ans)
- KidsHealth – Dealing with bullying
- Caf – Harcèlement scolaire : ayons les bons réflexes
- CIDJ – Harcèlement scolaire : les écoles, collèges et lycées sont touchés
