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Pourquoi les enfants sont-ils de plus en plus ingérables à l’école ? Une prof de 20 ans d’expérience pointe les écrans, ce que disent les chiffres

« Les enfants sont de plus en plus ingérables à l’école. » Une professeure américaine, Katie Dooley, vingt ans d’enseignement derrière elle, l’a dit sur TikTok, et sa vidéo a touché un nerf sensible chez des milliers de parents et d’enseignants. Elle accuse notamment les écrans. Mais que dit-elle exactement, que répondent les internautes, et qu’en disent les chiffres ? Voici son témoignage en détail, ce que l’on sait vraiment, et ce que vous pouvez faire à la maison.

Le témoignage de Katie Dooley : « une génération grillée par la technologie »

Katie Dooley enseigne depuis vingt ans en junior high, l’équivalent américain du début du collège (l’article d’origine le compare à la 6e). Dans une vidéo TikTok relayée par le site américain CafeMom, puis par Paroles de mamans, elle décrit des classes qui ont changé : chaque promotion lui semble plus agitée, moins concentrée et plus influencée par les comportements de groupe, surtout chez les garçons.

Pour elle, la réponse à la question « les enfants sont-ils plus difficiles qu’avant ? » est oui. Et les raisons sont multiples, à commencer par la maison : elle évoque un manque d’attention et d’affection à la maison, mais aussi la place donnée à l’école dans la famille. Son conseil aux parents : valoriser l’éducation et créer chez soi un environnement qui permet à l’enfant de se concentrer sur ses études, ce qui est selon elle la meilleure chose qu’on puisse faire.

Sa théorie : écrans, dopamine et récompense immédiate

Katie Dooley met surtout en cause le temps d’écran massif et les outils numériques utilisés à l’école. Elle affirme que les « centres de dopamine » de ses élèves sont « grillés », qu’ils sont accros à leurs appareils, et cite pêle-mêle les Chromebooks (les ordinateurs portables scolaires américains), les téléphones et le jeu Roblox. À ses yeux, les enfants sont tellement habitués à la récompense immédiate que tout effort leur paraît insupportable, et ils auraient du mal à réfléchir de façon critique.

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Sa réponse en classe est radicale : pas de Chromebook dans sa classe, et pas de copie ni de prise de notes à l’écran. Elle impose à ses élèves de faire fonctionner leur esprit critique chaque jour. Exemple : un poème intitulé The Where I’m From poem, où ils doivent penser à leur maison et trouver des adjectifs pour la décrire. Selon elle, ils détestent l’exercice et sortent épuisés, mais c’est justement ce qui manque à cette génération.

Les réactions : « les parents sont débordés », « les enfants sont assis 6 heures par jour »

Sous la vidéo, les internautes se disputent sur les causes. Les commentaires, cités par CafeMom, se répartissent en plusieurs camps :

  • La société en mode survie : des parents malades, surmenés et sous-payés, et des enfants qui en paient le prix, selon un utilisateur qui critique aussi un système éducatif qui n’est pas pensé pour le bien des enfants.
  • Le rythme scolaire : les enfants n’ont rien à faire assis sur une chaise plus de six heures par jour.
  • Les écrans à la maison : d’autres accusent les parents de laisser téléphones et tablettes éduquer leurs enfants, ou d’être eux-mêmes sur leur téléphone sans interagir avec eux.

Enfants et écrans à l'école : salle de classe vide avec cahiers, crayons et téléphones rangés dans une boîte en bois

Que disent les chiffres ? Des corrélations, pas une preuve de « cerveaux grillés »

L’expression « dopamine grillée » est une image forte, pas un diagnostic médical. En revanche, les écrans en classe ont bien un effet mesuré sur la concentration. Dans son rapport Élèves et écrans (2024), tiré de l’enquête PISA 2022, l’OCDE relève que :

  • 53 % des élèves français disent être distraits, dans au moins quelques cours de mathématiques, par les appareils numériques d’autres élèves (59 % en moyenne dans l’OCDE).
  • Les élèves distraits par les appareils de leurs camarades obtiennent des résultats nettement inférieurs : l’écart équivaut à trois quarts d’une année scolaire.
  • Interdire les téléphones réduit les distractions, mais pas systématiquement : l’efficacité dépend de la rigueur d’application.
  • Côté bien-être, 43 % des élèves français se sentent nerveux ou anxieux quand leur téléphone n’est pas à proximité. L’OCDE précise qu’il s’agit de corrélations, sans lien de causalité établi.
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Autrement dit, le témoignage de Katie Dooley est un ressenti de terrain appuyé par certaines données sur la distraction, mais les causes du comportement des enfants sont multiples, et aucune étude citée ici ne permet de tout mettre sur le dos des écrans.

Utile : ce qui existe en France

Le téléphone est interdit à l’école et au collège

D’après le ministère de l’Éducation nationale, l’usage du téléphone portable, ou de tout équipement de communication comme une montre connectée, est interdit dans l’enceinte des écoles et des collèges (loi du 3 août 2018). Les élèves peuvent le garder s’il est éteint et rangé. Depuis la rentrée 2025, la « pause numérique » est généralisée dans les collèges : chaque établissement choisit comment mettre les téléphones à l’écart (boîtes collectives, pochettes individuelles, casiers). Les notifications des espaces numériques de travail sont aussi suspendues le soir (de 20 h à 7 h) et le week-end par défaut. Le règlement intérieur peut autoriser un usage pédagogique, et les élèves concernés par un handicap ou un trouble de santé peuvent utiliser leurs dispositifs médicaux.

Les repères de la commission d’experts sur les écrans

Remis au président de la République le 30 avril 2024, le rapport « À la recherche du temps perdu » propose 29 recommandations. Les repères d’âge qui en ressortent :

  • Avant 3 ans : aucun écran.
  • 3 à 6 ans : usage occasionnel, contenus éducatifs, partagés avec un adulte.
  • À partir de 6 ans : exposition modérée et encadrée, avec des activités variées.
  • Avant 11 ans : pas de téléphone mobile personnel.
  • Avant 13 ans : pas de téléphone donnant accès à internet.
  • Avant 15 ans : pas de réseaux sociaux.

Ce rapport se présente comme un guide pour les parents, pas comme un règlement à faire respecter.

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Les réflexes à la maison, inspirés du témoignage

  1. Créer un coin devoirs sans écran : table dégagée, téléphone rangé hors de vue, comme le conseille Katie Dooley pour favoriser la concentration.
  2. Valoriser l’école à la maison : s’intéresser à ce que l’enfant a appris, lui demander de raconter sa journée.
  3. Garder des repères simples sur les écrans : pas d’écran pendant les repas ni juste avant le coucher, pas d’appareil dans la chambre, repères du Haut Conseil de la santé publique (2020).
  4. Proposer des activités qui demandent un effort : dessin, lecture, jeux de société, écriture, pour que l’enfant s’entraîne à tenir sans récompense immédiate.
  5. Donner l’exemple : beaucoup d’internautes soulignent que les parents sont eux-mêmes sur leur téléphone. Prévoir des moments sans téléphone en famille.
  6. Parler avec l’enseignant : si l’agitation ou la fatigue de votre enfant vous inquiète, échangez avec son enseignant et, si besoin, avec le médecin.

En bref

Katie Dooley, enseignante américaine depuis vingt ans, juge ses élèves plus agités et moins concentrés, et accuse les écrans, la récompense immédiate et un manque d’attention à la maison.
L’OCDE confirme que les appareils numériques distraient en classe (53 % des élèves français), mais ne prouve pas que les écrans expliquent tout.
En France, le téléphone est interdit à l’école et au collège ; à la maison, un coin devoirs sans écran et des repères d’âge simples aident déjà beaucoup.

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