Vos parents récupèrent les enfants à la sortie de l’école le mercredi, ou les prennent quelques jours pendant les vacances ? Ils se rendent peut-être un énorme service à eux-mêmes. Selon une étude menée pendant près de vingt ans auprès de personnes âgées, les grands-parents qui gardent leurs petits-enfants de temps en temps vivraient en moyenne plus longtemps que ceux qui ne le font pas, avec un écart qui atteint environ 5 ans.
Une bonne nouvelle pour toute la famille… à une condition importante : ne pas transformer papi et mamie en nounous à plein temps. On vous explique ce que dit vraiment cette étude, et comment trouver le bon équilibre.
Une étude menée pendant près de 20 ans
Ces résultats viennent de chercheurs de l’université de Bâle, de l’Institut Max-Planck pour le développement humain, de l’université Humboldt de Berlin et de l’université Edith Cowan en Australie. Ils ont été publiés dans la revue scientifique Evolution and Human Behavior.
Pour leur travail, les scientifiques ont utilisé les données de la Berlin Aging Study, une grande étude sur le vieillissement. Plus de 500 Berlinois âgés de 70 à 103 ans y ont été interrogés et suivis entre 1990 et 2009.
Les chercheurs ont comparé les grands-parents qui s’occupaient ponctuellement de leurs petits-enfants à ceux qui ne le faisaient jamais. Point important : les grands-parents qui élevaient leurs petits-enfants à la place des parents ont été volontairement écartés de l’analyse. L’étude parle donc bien d’une garde occasionnelle, pas d’un rôle de parent de substitution.
Jusqu’à 5 ans de vie en plus : d’où vient ce chiffre ?
Le résultat a surpris les chercheurs par son ampleur. Chez les grands-parents qui donnaient un coup de main pour garder les enfants, la moitié étaient encore en vie une dizaine d’années après le premier entretien. Chez ceux qui n’aidaient pas, la moitié étaient décédés au bout de cinq ans seulement.
Et ce n’est pas tout. Le même effet a été observé chez les seniors qui aidaient leurs enfants adultes autrement, par exemple pour les tâches de la maison. Même les personnes âgées sans enfants profitaient de ce bénéfice lorsqu’elles soutenaient des proches ou des amis : la moitié d’entre elles vivaient encore sept ans après le début de l’étude, contre quatre ans pour celles qui n’aidaient personne.
Autrement dit, ce n’est pas seulement la présence des petits-enfants qui compte : c’est le fait de se sentir utile et de prendre soin des autres.
Pourquoi s’occuper de ses petits-enfants ferait du bien
L’étude ne permet pas d’expliquer avec certitude ce lien, mais plusieurs pistes sont avancées :
- on bouge davantage : aller à l’école à pied, se baisser, jouer au parc, préparer le goûter… Garder des enfants, c’est une vraie activité physique ;
- le cerveau reste stimulé : répondre aux questions, lire des histoires, aider aux devoirs, inventer des jeux ;
- on se sent utile et on garde un rôle dans la famille, ce qui protège du sentiment d’inutilité qui peut accompagner la retraite ;
- on est moins seul : le lien avec les enfants et les petits-enfants protège de l’isolement, un vrai facteur de risque pour la santé des seniors ;
- moins de stress : selon les chercheurs, le fait d’aider les autres pourrait jouer un rôle d’« amortisseur » face au stress, peut-être grâce à des hormones comme l’ocytocine.
Une étude plus récente va dans le même sens. Publiée en 2026 dans la revue Psychology and Aging, elle a suivi près de 2 900 grands-parents britanniques âgés de 67 ans en moyenne. Ceux qui s’occupaient de leurs petits-enfants avaient de meilleurs résultats aux tests de mémoire et de vocabulaire. Chez les grands-mères, le déclin cognitif était aussi moins marqué au fil des années. Selon l’autrice principale, Flavia Chereches, de l’université de Tilburg, le simple fait d’être un grand-parent qui garde ses petits-enfants semblait compter davantage que le nombre d’heures passées avec eux.

Attention : trop garder peut avoir l’effet inverse
C’est le message que les chercheurs veulent faire passer. Pour Ralph Hertwig, directeur de recherche à l’Institut Max-Planck, une implication modérée semble bénéfique, mais une implication trop intense provoque du stress, avec des effets négatifs sur la santé physique et mentale. Il prévient : aider les autres n’est pas « une recette miracle » pour vivre plus longtemps.
Une étude australienne de l’université de Melbourne, menée auprès de femmes de plus de 60 ans, l’a bien montré. Les grands-mères qui gardaient leurs petits-enfants un jour par semaine réussissaient mieux les tests cognitifs que celles qui ne les gardaient pas… mais aussi mieux que celles qui les gardaient cinq jours par semaine ou plus.
Alors, c’est quoi une garde « modérée » ? Pour David Coall, chercheur à l’université Edith Cowan et coauteur de l’étude berlinoise, c’est à chaque grand-parent de le définir pour lui-même. Le bon repère : continuer à aider sans que cela devienne une source de stress ou d’épuisement.
Une étude à prendre avec un peu de recul
Ces travaux montrent un lien entre le fait de garder ses petits-enfants et la longévité, mais ils ne prouvent pas que l’un entraîne l’autre. Les grands-parents en meilleure santé sont aussi, logiquement, ceux qui peuvent le plus facilement s’occuper des enfants. Les chercheurs ont tenu compte de plusieurs facteurs comme l’âge et l’état de santé, mais tout ne peut pas être mesuré.
Ce chiffre de 5 ans n’est donc pas une promesse individuelle. Il reste néanmoins un signal fort : rester actif, entouré et utile fait partie des meilleurs alliés d’un vieillissement en bonne santé.
En France, les grands-parents sont très sollicités
Chez nous, papi et mamie jouent un rôle énorme dans l’organisation des familles. Selon une étude de la DREES, le service statistique du ministère de la Santé, environ deux enfants de moins de 6 ans sur trois sont gardés au moins de temps en temps par leurs grands-parents. Ensemble, ils assurent près de 17 millions d’heures de garde chaque semaine.
Le plus souvent, il s’agit d’une aide ponctuelle : pendant les vacances ou le week-end, ou pour dépanner quand un enfant est malade ou qu’une réunion s’éternise. Une garde régulière ne concerne qu’un peu plus d’un enfant sur quatre parmi ceux qui sont gardés, et les grands-parents ne sont le mode de garde principal que dans 2 % des cas. Les grands-parents du côté de la maman sont un peu plus sollicités que ceux du côté du papa.
Parents, grands-parents : comment garder le bon équilibre
Pour que la garde reste un plaisir et un bienfait pour tout le monde, quelques règles simples aident beaucoup :
- fixez ensemble un rythme réaliste, par exemple un après-midi ou une journée par semaine, plutôt que des demandes de dernière minute à répétition ;
- laissez-leur le droit de dire non : des grands-parents fatigués ou qui ont d’autres projets ne sont pas de « mauvais » grands-parents ;
- adaptez la garde à leur forme : un bébé qui ne fait pas ses nuits ou des journées entières avec trois enfants, ce n’est pas la même chose qu’un goûter et une sortie au parc ;
- mettez-vous d’accord sur les règles importantes (écrans, sucre, heure du coucher), sans tout contrôler pour autant ;
- pensez aux relais quand la charge devient trop lourde : assistante maternelle, centre de loisirs, autre membre de la famille ;
- n’oubliez pas de dire merci : leur aide n’est pas un dû, et la reconnaissance compte beaucoup pour se sentir utile.
En bref
Selon une étude allemande suivie pendant près de 20 ans, les grands-parents qui gardent leurs petits-enfants de temps en temps vivraient jusqu’à 5 ans de plus.
Se sentir utile, bouger et rester entouré seraient les clés de ce bienfait.
Mais attention à l’excès : une garde trop intense devient source de stress et peut nuire à leur santé.
Et chez vous, les grands-parents gardent-ils vos enfants ? Plutôt de temps en temps, ou presque tous les jours ? Racontez-nous en commentaire !
Sources
- Max-Planck-Gesellschaft – Helping pays off: People who care for others live longer
- The Senior – Caring good for grandparents
- ScienceDaily – Helping with grandkids may slow cognitive decline (Psychology and Aging, 2026)
- Scientific American – Grandparenting in moderation might help keep the mind sharp
- DREES – Les grands-parents : un mode de garde régulier ou occasionnel pour deux tiers des jeunes enfants
