Bilan d’orthophonie, séances de psychomotricité, rendez-vous chez l’ergothérapeute, ordinateur pour l’école… Quand on découvre que son enfant a un trouble « dys », on découvre aussi très vite la facture. Et pour beaucoup de familles, elle est trop lourde.
Une enquête publiée ce mois-ci, à l’occasion de la Journée nationale des dys du 10 octobre, montre à quel point le parcours est semé d’embûches. Bonne nouvelle quand même : il existe des aides, des remboursements et des aménagements scolaires que tous les parents ne connaissent pas. On fait le point.
Troubles dys : c’est quoi exactement ?
Les troubles dys sont des troubles du neurodéveloppement qui touchent certaines fonctions précises, sans lien avec l’intelligence de l’enfant :
- la dyslexie et la dysorthographie pour la lecture et l’écriture ;
- la dyscalculie pour les nombres et le calcul ;
- la dyspraxie pour la coordination des gestes (écrire, s’habiller, découper) ;
- la dysphasie pour le langage oral.
Ils s’accompagnent parfois d’un trouble de l’attention (TDAH). Le diagnostic se construit avec plusieurs professionnels, et le premier pas est souvent une discussion avec le médecin traitant ou le pédiatre.
Les chiffres qui font mal
L’enquête menée par OpinionWay pour la Fédération française des dys (FFDys) et Poppins dresse un constat sévère :
- 94 % des parents d’enfants dys ont rencontré au moins un obstacle pour accéder aux soins ;
- 61 % ont dû revoir leurs horaires ou leur organisation au travail pour accompagner leur enfant à ses rendez-vous ;
- 44 % ont déjà renoncé à un soin ou à un bilan parce que c’était trop cher.
Autrement dit, près d’un parent sur deux a déjà dû mettre un soin de côté pour des raisons d’argent.
Ce qui est remboursé… et ce qui ne l’est pas
L’orthophonie : remboursée, sur ordonnance
C’est la bonne nouvelle : les séances d’orthophonie sont prises en charge à 60 % par l’Assurance maladie, à condition d’avoir une prescription d’un médecin. Selon le type de bilan, il faut compter environ 52 à 104 euros pour le bilan et de 25 à 41 euros par séance au tarif conventionné. La mutuelle complète en général le reste.
Psychomotricité, ergothérapie, psychologue : le gros point noir
Ces professionnels sont pourtant essentiels pour beaucoup d’enfants dys, mais leurs séances ne sont normalement pas remboursées par la Sécurité sociale. C’est là que les frais s’accumulent, semaine après semaine. Certaines mutuelles prévoient un forfait annuel pour ces séances : relisez bien votre contrat, ou appelez-les pour poser la question.

Les aides à connaître
1. Le forfait d’intervention précoce (moins de 12 ans)
C’est sans doute le dispositif le moins connu. Pour un enfant de moins de 12 ans, le médecin peut prescrire un parcours de bilan et d’intervention précoce. La famille est alors orientée vers une plateforme de coordination et d’orientation (PCO), qui évalue la situation et peut déclencher un forfait finançant les séances de psychomotricien, d’ergothérapeute ou de psychologue partenaires.
Le forfait dure un an, avec une prolongation possible de six mois. Les troubles dys font bien partie des troubles concernés, et un diagnostic définitif n’est pas exigé pour être orienté. Attention : il s’arrête quand l’AEEH commence à être versée, les deux ne se cumulent pas.
2. L’AEEH, l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé
Quand le trouble est important, une demande peut être faite à la MDPH (maison départementale des personnes handicapées). L’AEEH s’adresse aux enfants de moins de 20 ans dont le taux d’incapacité atteint 80 %, ou se situe entre 50 et 79 % lorsque la commission préconise par exemple des soins ou des rééducations.
- montant de base : 153,01 euros par mois ;
- des compléments peuvent s’ajouter selon le coût du handicap ou si un parent doit réduire son activité, jusqu’à plus de 1 400 euros par mois au total dans les situations les plus lourdes ;
- elle ne dépend pas des revenus des parents.
La MDPH a quatre mois pour répondre : mieux vaut donc déposer le dossier tôt, avec des bilans récents et détaillés.
À l’école : PAP ou PPS ?
Les aides ne sont pas seulement financières. À l’école, deux dispositifs peuvent changer le quotidien de votre enfant.
Le PAP, sans passer par la MDPH
Le plan d’accompagnement personnalisé concerne les élèves qui ont des troubles des apprentissages sans reconnaissance de handicap. Vous pouvez le demander dès que le diagnostic est posé. Le médecin de l’Éducation nationale donne son avis, puis l’équipe pédagogique rédige le plan avec vous. Il peut prévoir des contrôles adaptés, des documents agrandis, un allègement des devoirs, l’usage de matériel adapté, ou encore des horaires aménagés pour les séances de rééducation. Il suit l’enfant d’une année sur l’autre et peut ouvrir droit à des aménagements d’examens.
Le PPS, avec la MDPH
Pour les troubles plus sévères, le projet personnalisé de scolarisation passe par la MDPH. Il peut prévoir un accompagnement par une AESH en classe, du matériel pédagogique adapté comme un ordinateur, et des soins pendant le temps scolaire. Pour vous aider dans ces démarches, l’école peut vous orienter vers le pôle d’appui à la scolarité (PAS) de votre secteur.
Nos conseils pour alléger la facture
- Parlez-en tôt au médecin traitant ou au pédiatre : avant 12 ans, le forfait d’intervention précoce peut éviter des mois de séances à vos frais.
- Gardez toutes les factures et tous les comptes rendus de bilans : ils serviront pour la mutuelle et pour un dossier MDPH.
- Comparez les mutuelles à la prochaine échéance, en regardant précisément les forfaits « médecines douces » ou « psychomotricité ».
- Demandez un PAP sans attendre : il ne coûte rien et soulage souvent l’enfant très vite.
- Rapprochez-vous d’une association de parents d’enfants dys : elles connaissent les démarches et les professionnels de votre région.
Et surtout, ne restez pas seuls avec la culpabilité de ne pas « tout payer » : un enfant dys a besoin de parents disponibles et rassurants autant que de séances.
En bref
Près d’un parent d’enfant dys sur deux a déjà renoncé à un soin ou à un bilan à cause de son coût.
L’orthophonie est remboursée sur ordonnance, mais la psychomotricité, l’ergothérapie et le psychologue ne le sont normalement pas.
Forfait d’intervention précoce avant 12 ans, AEEH, PAP et PPS : plusieurs aides existent, il faut les demander.
Votre enfant est dys ? Partagez en commentaire ce qui vous a le plus aidé, cela peut éclairer d’autres parents.
Sources
- OpinionWay pour la FFDys et Poppins – Le parcours de vie des personnes dys (octobre 2026)
- Mon Parcours Handicap – Troubles dys : quels aménagements pour la scolarité ?
- Mon Parcours Handicap – Le forfait d’intervention précoce
- Mon Parcours Handicap – Qu’est-ce que le PAP ?
- Service-public.fr – Allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH)
- ARS Hauts-de-France – Prise en charge précoce des troubles du neurodéveloppement
- Selectra – Remboursement de l’orthophonie
Cet article donne des repères généraux. Pour la situation de votre enfant, parlez-en à votre médecin, à la MDPH ou à l’équipe de son école.
