Manuel Heredia travaille comme magasinier en Espagne et gagne 1 200 euros par mois. Malgré ses revenus réguliers, il est à la rue.
Avoir un travail ne suffit malheureusement plus toujours à garantir un toit. L’histoire de Manuel Heredia en est une illustration particulièrement frappante : malgré un emploi à temps plein et un salaire versé chaque mois, cet Espagnol est contraint de dormir dans la rue.
Cette réalité bouscule l’image encore tenace selon laquelle les personnes sans domicile seraient forcément sans activité professionnelle. En France, les données de l’Insee montraient déjà qu’environ un quart des adultes sans domicile, soit 24 %, exerçaient un emploi au début de l’année 2012.
Mais travailler ne signifie pas forcément bénéficier d’une situation stable. Parmi les personnes sans domicile qui avaient un emploi, seules 39 % disposaient d’un CDI. Les autres occupaient principalement des postes en CDD, en intérim ou travaillaient sans contrat. Le temps partiel concernait également près d’un actif sur deux, avec une proportion particulièrement élevée chez les femmes.
Manuel travaille huit heures par jour, touche 1 200 euros par mois et dort pourtant dans la rue
En Espagne, Manuel Heredia connaît cette précarité au quotidien. Magasinier de profession, il travaille à temps plein et perçoit environ 1 200 euros par mois. Un revenu proche du salaire minimum interprofessionnel espagnol, fixé à 1 221 euros bruts mensuels en 2026.
Sur le papier, Manuel possède donc ce que beaucoup considèrent comme les bases d’une vie stable : un emploi, des horaires réguliers et un salaire. Pourtant, il n’a pas de logement.
Son quotidien est réglé avec précision. Il se lève vers 5 heures du matin, se prépare comme il peut, puis prend le train afin d’être à son poste dès 6 h 20. Après huit heures de travail, il utilise les vestiaires de son entreprise pour prendre une douche. Ensuite, au lieu de rentrer chez lui, il retourne vers l’endroit où il passe ses nuits.
Pourquoi travailler ne suffit plus toujours pour se loger en Espagne

Le cas de Manuel n’est pas totalement isolé. Derrière la hausse du coût de la vie et des loyers, de nombreux travailleurs espagnols rencontrent désormais de sérieuses difficultés pour accéder à un logement ou conserver celui qu’ils occupent.
Selon un rapport de la Fondation FOESSA publié par Cáritas, 47,5 % de la population active espagnole, soit environ 11,5 millions de personnes, seraient confrontées à une forme de précarité professionnelle. Plus préoccupant encore, une personne ayant un emploi sur dix se trouverait dans une situation d’exclusion sociale.
Le poids du logement joue un rôle majeur. D’après Cáritas, les locataires consacraient en moyenne 63 % de leur salaire au paiement du loyer en 2023. Dans le même temps, les revenus n’avaient progressé que de 12 % depuis 2022, alors que les loyers auraient augmenté de 44 %. Pour les travailleurs disposant de revenus modestes, l’équation devient alors presque impossible.
Manuel doit choisir entre se loger et pouvoir manger
Face à des loyers qu’il juge incompatibles avec son salaire, Manuel a fini par faire un choix aussi simple que difficile : manger correctement plutôt que consacrer presque tout son revenu à une chambre.
« Je préfère vivre dans la rue et pouvoir manger plutôt que d’avoir une chambre sans pouvoir me nourrir », explique-t-il.
Ses nuits restent pourtant particulièrement éprouvantes. Manuel ne dispose même pas d’un véritable matelas pour récupérer après ses journées de travail. Il dort dans un abri improvisé, constitué de cartons et de matériaux récupérés près de la bibliothèque où il s’est installé.
Son histoire montre ainsi une réalité de plus en plus visible : avoir un emploi ne protège pas systématiquement du sans-abrisme. Lorsque le coût du logement augmente beaucoup plus rapidement que les revenus, même un salaire régulier peut devenir insuffisant pour accéder à des conditions de vie considérées comme essentielles.
En bref
Manuel Heredia travaille à temps plein comme magasinier et gagne environ 1 200 euros par mois, mais il vit dans la rue.
La hausse des loyers en Espagne fragilise de nombreux travailleurs aux revenus modestes.
Pour Manuel, payer une chambre signifierait réduire drastiquement son budget alimentaire : il a donc choisi de pouvoir continuer à se nourrir.
