Ils dorment parfois depuis des années au fond d’un buffet, d’un carton ou d’un placard de cuisine. Pourtant, certains de ces objets familiers pourraient aujourd’hui attirer l’attention des collectionneurs. C’est notamment le cas des célèbres verres à moutarde Amora, devenus emblématiques dans de nombreux foyers français. Longtemps considérés comme de simples contenants réutilisables, ils connaissent désormais un véritable regain d’intérêt sur le marché de l’occasion. Les modèles les plus rares peuvent même être proposés à plusieurs dizaines d’euros. Mais tous les verres ne se valent pas, loin de là.
Les périodes de vacances sont souvent l’occasion idéale pour trier, ranger et vider les placards. Entre les cartons stockés au grenier, les vieux services de table conservés dans un buffet familial et les objets hérités des grands-parents, les découvertes peuvent être nombreuses. On retrouve parfois des pièces que l’on pensait ordinaires, voire totalement dépourvues de valeur.
Pourtant, le marché de la collection réserve régulièrement des surprises. Une assiette ancienne, une pièce de monnaie oubliée, un jouet vintage ou une miniature peuvent voir leur cote augmenter avec le temps. La valeur sentimentale laisse alors parfois place à une véritable valeur marchande. Parmi ces objets du quotidien devenus recherchés figure un incontournable des cuisines françaises : le verre à moutarde ancien.
Pendant des décennies, ce verre a surtout été utilisé de manière pratique. Une fois le pot de moutarde terminé, le récipient était lavé puis transformé en verre de table. Cette habitude, très répandue dans les familles, a permis à des millions d’exemplaires de circuler dans les foyers. Avec les années, certains modèles ont toutefois acquis un statut différent. Ils sont devenus de véritables objets de collection, notamment lorsqu’ils appartiennent à une série recherchée ou difficile à compléter.
Sur les plateformes de vente entre particuliers, les annonces consacrées à ces verres se multiplient. Les tarifs affichés peuvent parfois surprendre, surtout pour des objets qui étaient à l’origine vendus avec un produit aussi courant que la moutarde. Pourtant, cette stratégie commerciale ne date pas d’hier.
Dès les années 1950, la marque Amora comprend qu’un emballage peut devenir bien plus qu’un simple contenant. Raymond Sachot, à l’origine de cette approche, résume alors son idée avec une formule restée célèbre : « Il n’est pas de bonnes moutardes dans de vilains pots. » Le principe est aussi simple qu’efficace : proposer un pot suffisamment joli et solide pour être conservé, puis réutilisé comme verre après consommation.
Cette idée séduit rapidement les consommateurs. Le contenant ne sert plus uniquement à vendre la moutarde : il devient un produit à part entière. Peu à peu, les familles commencent à attendre les nouveaux décors, à conserver les modèles déjà achetés et à chercher ceux qui manquent à leur collection.
Certains verres à moutarde sont proposés jusqu’à 20 euros, mais leur vraie valeur dépend du marché
Au fil des années, les fabricants ont multiplié les formes, les couleurs et les univers graphiques. Les verres Givror, les verres TV, les modèles long drink et les séries inspirées de personnages populaires se sont progressivement installés dans les rayons des supermarchés. Pour les marques, l’objectif était clair : transformer l’achat d’un simple pot de moutarde en une expérience de collection.
Le succès ne tarde pas. Les consommateurs ne veulent bientôt plus posséder un seul modèle, mais réunir toute une série. Les décors inspirés des Fables de La Fontaine, de Tintin, de Goldorak, de Peter Pan, de Bibifoc, de Star Wars ou encore de Lilo & Stitch comptent aujourd’hui parmi les plus connus.
Ces illustrations réveillent souvent des souvenirs d’enfance. Pour beaucoup, elles évoquent les repas en famille, les goûters, les cuisines des grands-parents ou les dessins animés regardés à la télévision. Cette dimension nostalgique joue un rôle important dans l’intérêt actuel pour ces objets. Elle alimente également un marché de la seconde main particulièrement actif.
En consultant les sites de petites annonces, on découvre rapidement des prix très variables. Certains vendeurs proposent un verre à moutarde ancien pour quelques euros, tandis que d’autres affichent des tarifs nettement plus élevés. Des modèles rares peuvent ainsi être proposés entre 15 et 20 euros l’unité.
Un verre décoré avec les Indiens Yupiks peut, par exemple, apparaître autour de 15 euros sur certaines plateformes. Des modèles à l’effigie de Spectreman ou de Peter Pan peuvent dépasser les 12 euros, tandis qu’un verre Goldorak est parfois proposé aux environs de 18 euros. Les tarifs les plus ambitieux concernent certaines séries moins courantes, comme Mightor, dont quelques exemplaires sont affichés à près de 30 euros.
À première vue, ces montants pourraient donner l’impression que tous les vieux verres conservés dans les placards valent désormais une petite fortune. La réalité est cependant plus nuancée. Il faut faire une distinction importante entre le prix demandé par un vendeur et le prix réellement payé par un acheteur.
Une annonce peut rester en ligne pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, sans trouver preneur. Certains vendeurs finissent alors par réduire leur tarif. Un verre affiché à 20 euros n’est donc pas forcément vendu à ce prix. Pour connaître sa véritable cote, il est préférable d’observer les ventes finalisées, l’état du marché et le nombre d’acheteurs réellement intéressés.
L’état de conservation joue également un rôle majeur. Un verre sans éclat, sans fissure et avec un décor encore net sera naturellement plus recherché. À l’inverse, un modèle abîmé, rayé ou partiellement effacé perdra une grande partie de son intérêt, même s’il appartient à une série appréciée.
Les collections complètes de verres à moutarde sont souvent les plus recherchées
Selon Olivia, créatrice du blog Our Little Family et passionnée par ces collections, il faut rester prudent face aux estimations parfois très élevées visibles en ligne. Dans les brocantes, les vide-greniers ou les boutiques Emmaüs, il est encore possible de trouver certains verres à moutarde vintage pour quelques dizaines de centimes ou autour d’un euro.
Les exemplaires vendus à des prix importants existent bien, mais ils restent minoritaires. Ils concernent généralement des modèles rares, très bien conservés ou particulièrement difficiles à retrouver. Dans la majorité des cas, un verre isolé et courant ne représente pas une somme exceptionnelle.
Pour les personnes qui possèdent plusieurs exemplaires, la situation peut toutefois devenir plus intéressante. La valeur d’une collection dépend souvent moins d’un seul verre que de la possibilité de reconstituer un ensemble cohérent. Un collectionneur préférera généralement acheter une série complète plutôt qu’un lot composé de modèles sans lien entre eux.
Une collection intégrale consacrée aux Fables de La Fontaine, à Tintin, à Goldorak ou à une licence populaire aura donc davantage de chances de séduire. Plus la série est difficile à réunir, plus elle peut prendre de la valeur. Un seul modèle manquant peut d’ailleurs suffire à pousser un passionné à payer davantage pour compléter son ensemble.


C’est pour cette raison que de nombreuses annonces proposent directement des lots. En partant d’une estimation moyenne de 5 euros par verre, un ensemble de six pièces peut être affiché autour de 30 euros. Certains vendeurs demandent davantage lorsque la série est complète, ancienne ou particulièrement recherchée.
Sur eBay et d’autres plateformes spécialisées, il n’est pas rare de voir des lots de cinq verres proposés autour de 40 ou 45 euros. Là encore, tout dépend de la demande. Le prix affiché ne garantit pas la vente, surtout lorsque plusieurs annonces similaires sont disponibles au même moment.
Plusieurs critères permettent d’estimer la valeur d’un verre à moutarde de collection. Son ancienneté, la rareté de son illustration, son état général, la popularité du personnage représenté et la difficulté à compléter la série sont autant d’éléments à prendre en compte. La présence de la marque, la netteté des couleurs et l’absence d’éclats peuvent également faire la différence.
Avant de vendre, il peut donc être utile de comparer plusieurs annonces, de rechercher les ventes déjà conclues et d’identifier précisément la série concernée. Une photo nette du décor, du fond du verre et de son état général aidera aussi les acheteurs à se faire une idée plus précise.
En résumé, les anciens verres à moutarde ne transformeront pas forcément un placard oublié en trésor. Cependant, certains modèles rares ou certaines collections complètes peuvent réellement intéresser les passionnés. Avant de les jeter ou de les donner, mieux vaut donc prendre quelques minutes pour vérifier leur origine, leur série et leur état. Une petite découverte inattendue pourrait bien se cacher au fond de votre cuisine.
