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Éducation positive : « J’ai élevé mon fils selon cette méthode, aujourd’hui il est un boulet pour tous ceux qui s’occupent de lui »

L’éducation positive fait rêver sur le papier, mais la réalité du quotidien peut s’avérer bien plus rude pour les parents qui s’y essaient. Ce papa a décidé de raconter, sans filtre, ce que cette méthode implique vraiment à la maison.

Sur le papier, l’éducation positive semble être la solution parfaite. Avant de devenir parent, on s’imagine rarement en train de hausser le ton contre son enfant, ni en larmes derrière une porte de chambre pendant que le petit hurle de l’autre côté, ou pire, tape des poings contre le battant. Et pourtant, c’est souvent à ça que ressemble le quotidien de nombreuses familles. Être parent, c’est un peu comme se marier : on prend le meilleur avec le pire. Sauf que le meilleur est si intense qu’il finit par faire oublier tout le reste.

Faire le choix de l’éducation positive

Une chose est certaine : ce choix doit venir des parents eux-mêmes. Personne n’a envie d’élever son enfant à coups de fessées, de punitions ou d’humiliations. Mais appliquer les principes de l’éducation positive à la lettre, du matin au soir, est loin d’être simple. Les grandes idées de base paraissent évidentes, mais leur mise en application au quotidien se révèle souvent beaucoup plus complexe.

C’est le cas de Joris, qui a livré son témoignage dans les colonnes du Huffington Post. Pour lui et sa compagne, le choix s’est imposé naturellement. En attendant leur premier enfant, ils ont multiplié les recherches : sites spécialisés, ouvrages de référence, forums de parents. C’est ainsi qu’ils ont peu à peu adopté les principes de la parentalité positive.

Globalement, les contenus qu’on consultait insistaient sur l’importance de suivre le rythme de développement de l’enfant et de bannir toute forme de violence éducative, ce qui allait de soi pour nous. La quasi-totalité des ressources qui nous parlaient revendiquaient l’étiquette « éducation positive ».

Sauf qu’aujourd’hui, Joris avoue être « un peu au bout du rouleau ». Il a l’impression d’avoir été mal préparé par cette méthode pourtant présentée comme « merveilleuse ». Il aurait aimé qu’on lui parle davantage des situations où rien ne fonctionne comme prévu, et de la dose de patience nécessaire pour tenir sur la durée.

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L’éducation positive, c’est bien, mais…

Au fil de leurs lectures et de leurs découvertes sur les réseaux sociaux, Joris et sa femme ont accumulé une foule de conseils : ne jamais dire « non », utiliser un minuteur pour cadrer les transitions, reformuler chaque interdit en explication… Presque sans s’en rendre compte, ils sont devenus de véritables adeptes de cette pédagogie, retenant systématiquement ce qui leur semblait être de « bonnes pratiques ».

Tout ce qui s’éloignait de cette approche était presque toujours qualifié de violent, d’inefficace, ou de dépassé au regard des connaissances scientifiques actuelles.

Mais comme souvent dans la vie, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, et la parentalité positive comporte aussi son lot de revers. Joris a choisi de témoigner car il aurait aimé, avant de devenir père, qu’on lui parle de ces écueils dont on n’ose que rarement discuter.

Aujourd’hui, mon fils aîné a quatre ans et demi et j’ai envie de parler de l’envers du décor. De tout ce que l’éducation positive peut avoir de pesant et de culpabilisant, et de dresser le bilan d’une vie de parent parfois à bout de souffle.

Avec leur fils, Joris et sa femme avancent constamment sur des œufs. Cette méthode éducative exige une vigilance mentale de tous les instants, épuisante à la longue. Pourtant, leur démarche reste pleine de bonnes intentions : ils veulent avant tout offrir à leur enfant un cadre sécurisant et épanouissant, tout en recherchant son adhésion. Résultat : un sentiment de culpabilité qui ne les quitte jamais vraiment.

Si nous manquons de patience, notre enfant en paiera les conséquences toute sa vie, à cause de notre incompétence maltraitante.

papa fatigué

Quand « demander et expliquer » ne suffit plus, que faire ?

L’enfer est pavé de bonnes intentions : cette formule résume parfaitement le quotidien de ce papa et de sa famille. Joris ne force jamais son fils. Il cherche systématiquement à obtenir son adhésion en lui expliquant le pourquoi de chaque chose. Jamais il ne recourt à la manipulation, à la punition ou au chantage.

Isoler son enfant dans sa chambre, ou le manipuler physiquement sans lui faire mal (lui enfiler ses chaussures, lui brosser les dents même sans son accord)… on nous a présenté ces gestes comme dangereux, au profit du fameux « demander et expliquer ».

Le problème, c’est qu’aucune de ces lectures n’explique quoi faire lorsque la méthode échoue. Résultat : Joris a longtemps cru être le seul à galérer pour des gestes du quotidien les plus banals, persuadé que c’était lui qui s’y prenait mal.

« Ton enfant ne veut pas rentrer de l’école à vélo ? Rien de plus simple, fais des bruits de cheval et prétends que vous chevauchez une licorne. Tous les enfants adorent les licornes ! » Sauf qu’après avoir écouté ce podcast, tu te retrouves sous la pluie, tu tentes la licorne, et ton gamin s’en moque complètement : il refuse de monter sur le vélo, ne veut pas de son casque, et commence déjà à enlever ses chaussures. Pendant ce temps, un deuxième enfant t’attend et tu ne peux pas être encore en retard chez la nounou cette semaine. La « technique infaillible » ne fonctionne pas. Impossible d’attacher mon fils de force sur le vélo, ce serait maltraitant. Impossible de lui crier dessus non plus, ce serait violent.

Ce jour-là, Joris a fini par abandonner le vélo sur place, hisser son fils sur son épaule, et courir sous la pluie jusque chez la nounou pour ne pas être en retard.

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L’éducation positive a poussé Joris à se « suradapter » à son fils

À force de mettre en place tout un arsenal de stratégies avec sa femme pour tenir le cap, Joris a énormément de mal à confier son fils à qui que ce soit d’autre.

Aujourd’hui, mon fils a littéralement besoin d’un mode d’emploi de quatre pages, entre diplomatie et négociation.

Avant de découvrir la vie en collectivité, Joris pensait sincèrement que tous les enfants étaient comme le sien, difficiles à canaliser.

La première fois que je l’ai emmené à l’escalade, j’ai vu le prof demander à tous les enfants de s’asseoir pour l’écouter. Je me suis dit : « il est optimiste, il croit vraiment qu’ils vont tous arrêter de bouger et se concentrer ». Surprise : ils l’ont tous fait, sauf le mien, perdu dans son propre monde. À la maison, dans ces moments-là, on a notre méthode : on s’approche, on se met à sa hauteur, on capte son attention avec des mots simples et clairs. Mais un prof d’escalade ne peut évidemment pas faire ça avec chaque enfant du groupe.

Chaque matin, en déposant son fils à l’école, Joris a le sentiment que son enfant représente un fardeau pour la maîtresse. Pourtant, à la maison, les règles existent bel et bien.

Je ne pratique pas une éducation permissive : on discute, on explique. Est-ce qu’il m’arrive de crier ? Oui, parfois, quand je n’ai pas trouvé de meilleure solution. Ça marche, il est puni, il pleure, tout le monde finit contrarié. Et d’après Instagram, je suis en train de fabriquer un futur anxieux, dépendant des anxiolytiques, incapable de trouver le bonheur.

« Mon fils aîné est un boulet pour les gens qui s’occupent de lui »

À l’exception de sa mère, personne dans l’entourage de Joris n’apprécie vraiment de passer du temps avec son fils, tant celui-ci est perçu, à tort, comme un « enfant difficile ».

Et me voilà, un peu bête, face à ce constat : mon fils aîné, que j’aime plus que tout, est un boulet pour les personnes qui s’occupent de lui.

Joris culpabilise en permanence pour les choix éducatifs qu’il a faits. Pour les adultes qui doivent gérer son fils au quotidien, pour les autres enfants qui le côtoient et le subissent parfois, et pour son propre fils, qui souffre de cette situation tout autant que son entourage.

Je culpabilise en me disant que s’il est comme ça, c’est parce que j’ai mal compris certains principes de cette fameuse parentalité positive, et que je n’arrive toujours pas à corriger le tir. Et puis il y a cette autre culpabilité, celle qui surgit quand je craque et que je n’arrive plus à appliquer ces principes de bienveillance, en pensant à toutes les conséquences terribles qui guettent mon fils par ma faute.

Certes, les choix éducatifs des parents façonnent en partie le caractère de leurs enfants. Mais selon un généticien, l’ADN pèserait en réalité davantage que l’éducation dans la construction de la personnalité d’un enfant.

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D’ailleurs, Joris et sa femme rencontrent beaucoup moins de difficultés avec leur deuxième fils. Comme quoi, la génétique a bel et bien sa part de responsabilité dans cette histoire.

J’ai fini par comprendre qu’il existe une part du caractère de nos enfants sur laquelle nous n’avons, en réalité, aucune prise. Il n’existe pas de recette magique valable pour tous les enfants, et quand on prend un peu de recul, ça paraît finalement assez logique. En discutant avec d’autres parents, j’ai réalisé que je n’étais pas le seul à galérer, à me poser mille questions, à m’inquiéter en permanence…

Pour que Joris vive plus sereinement sa vie de parent, il aurait simplement fallu qu’on lui dise que les choses se passent rarement comme dans les livres, et que chaque enfant est unique. Devenir parent, c’est finalement passer son temps à remettre en question ses certitudes. Alors oui, l’éducation positive reste une belle démarche, mais il ne faut surtout pas culpabiliser lorsqu’on s’écarte parfois du cadre décrit dans les manuels. Les parents restent des êtres humains, avec leurs limites, et ne pas être un « parent parfait », c’est aussi montrer à ses enfants qu’il faut savoir s’adapter. Alors, pour conclure, retenons ce message de ce papa qui a eu le courage de témoigner :

Se lancer dans une démarche d’éducation positive, c’est une belle idée. Mais il ne faut pas croire que tous les adultes et tous les enfants réussiront à tout gérer de cette façon, tout le temps. Parfois, ça ne fonctionnera pas, et ce n’est pas si grave que ça.

Source : Huffingtonpost

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