Après un incendie dévastateur provoqué par des enfants, ce maire pointe la responsabilité des parents
Un simple jeu avec des mortiers d’artifice aurait pu provoquer une catastrophe bien plus grave. À Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis, trois enfants âgés d’environ 10 ans sont soupçonnés d’avoir déclenché un violent incendie dans un parc public. Le feu s’est propagé à grande vitesse, détruisant plusieurs hectares de végétation avant de s’approcher dangereusement des habitations voisines.
Face à l’ampleur des dégâts, le maire de la commune, Zartoshte Bakhtiari, refuse de parler d’une simple maladresse liée à l’âge. Pour lui, les faits sont suffisamment graves pour justifier une réponse ferme, aussi bien sur le plan judiciaire que financier. L’élu a donc décidé de porter plainte et estime que les familles des enfants concernés doivent prendre leur part de responsabilité.
Selon les informations rapportées par Le Figaro, la remise en état du parc pourrait représenter une dépense d’au moins 1,5 million d’euros. Une somme considérable pour la commune, à laquelle pourraient encore s’ajouter d’autres coûts liés à la sécurisation du site, au nettoyage des zones brûlées et au remplacement des arbres détruits.
L’incendie a ravagé 2,5 hectares du parc du Croissant Vert
Le sinistre s’est déclaré dans le parc du Croissant Vert, un vaste espace naturel de 33 hectares situé à Neuilly-sur-Marne. Très apprécié des habitants, ce parc se trouve au cœur d’un secteur entouré d’immeubles et de quartiers pavillonnaires. La proximité des logements a rendu l’intervention particulièrement délicate.
Au total, les flammes ont détruit près de 2,5 hectares de végétation. Le bilan fait également état de 155 arbres brûlés, dont certains mettront plusieurs décennies à être remplacés. Au-delà de la perte écologique, une partie du parc est désormais inaccessible et devra faire l’objet d’importants travaux avant de pouvoir accueillir à nouveau le public.
Le maire a insisté sur le danger immédiat auquel les riverains ont été exposés. D’après lui, les flammes se sont arrêtées à seulement quatre mètres des habitations. Quelques minutes supplémentaires, un changement de vent ou une intervention plus tardive auraient pu transformer cet incendie en drame humain.
Les images recueillies par la municipalité montreraient trois enfants d’environ 10 ans en train de manipuler des mortiers d’artifice au moment du départ du feu. Pour Zartoshte Bakhtiari, leur jeune âge ne doit pas conduire à banaliser les faits. L’élu s’est notamment interrogé sur la façon dont des enfants aussi jeunes ont pu se procurer ce type de matériel et l’utiliser sans surveillance.
« À dix ans. Comme si c’était normal », a-t-il réagi avec agacement. Derrière cette déclaration, le maire pose une question plus large : où se trouvaient les adultes responsables de ces enfants au moment des faits, et comment ont-ils pu avoir accès à des engins pyrotechniques potentiellement dangereux ?

Après l’incendie, le maire veut responsabiliser les familles
À la suite du sinistre, Zartoshte Bakhtiari a déposé plainte pour dégradation de biens publics et mise en danger de la vie d’autrui. Cette procédure doit permettre aux enquêteurs de préciser les circonstances du départ de feu, d’identifier les responsabilités et d’évaluer les suites judiciaires possibles.
Le maire souhaite également savoir dans quelle mesure les parents pourraient être amenés à participer au remboursement des dégâts. À ses yeux, il ne serait pas acceptable que la collectivité supporte seule le coût d’un incendie provoqué par des mineurs placés sous la responsabilité de leur famille.
« C’est à eux de payer », a-t-il déclaré en rappelant que le Code civil prévoit la responsabilité des parents pour les dommages causés par leurs enfants mineurs. Il refuse de réduire l’affaire à une « bêtise » d’enfants, estimant que les conséquences auraient pu être dramatiques pour les habitants, les pompiers et les personnes présentes dans le parc.
L’élu veut que la plainte permette à la justice d’ouvrir une enquête, mais aussi de faire comprendre aux familles la gravité de la situation. Pour lui, l’objectif n’est pas uniquement de trouver des responsables : il s’agit également d’éviter qu’un événement comparable se reproduise.
Cette réaction s’inscrit dans un contexte local encore marqué par les émeutes de 2023, survenues après la mort du jeune Nahel Merzouk. À cette époque, Neuilly-sur-Marne avait subi près de 2,5 millions d’euros de dégâts, notamment sur plusieurs bâtiments et équipements publics.
Le commissariat de la commune avait, entre autres, été pris pour cible par des cocktails Molotov lancés par de très jeunes adolescents, âgés de 12 ou 13 ans. Ces mineurs avaient ensuite été relaxés par le tribunal de Bobigny, sous les applaudissements d’une partie du public présent dans la salle.
Le maire dit ne pas vouloir revivre une situation où les actes restent, selon lui, sans véritable conséquence. « Une sanction, c’est une conséquence. S’il n’y en a pas, quel message envoie-t-on ? », s’interroge-t-il.
Après les émeutes, l’élu avait rencontré plusieurs familles concernées. Il raconte avoir constaté des réactions très différentes. Certains parents semblaient peu préoccupés par les faits reprochés à leurs enfants, tandis que d’autres réclamaient davantage de fermeté. Le maire rappelle toutefois que son pouvoir reste limité : il peut alerter, porter plainte et interpeller les autorités, mais les décisions judiciaires ne lui appartiennent pas.

Cet incendie relance le débat sur les sanctions contre les mineurs
Sur Instagram, Zartoshte Bakhtiari a choisi une formule directe pour interpeller les familles : « Tenez vos gamins ! ». Le message, volontairement ferme, a suscité de nombreuses réactions. La majorité des commentaires publiés sous la vidéo soutiennent la position du maire et réclament des mesures concrètes.
Un internaute demande par exemple que les parents des trois enfants soient convoqués et qu’une amende accompagnée d’un avertissement sévère leur soit adressée. Un autre estime que les jeunes devraient participer eux-mêmes au nettoyage du parc jusqu’à la rentrée scolaire.
D’autres commentaires vont encore plus loin et réclament que l’ensemble des frais soit facturé aux familles : coût de la remise en état, consommation d’eau mobilisée pour éteindre l’incendie, intervention des services municipaux et pénalité pour destruction d’un bien public.
Ces réactions illustrent un débat récurrent : comment sanctionner des enfants très jeunes sans renoncer à l’objectif éducatif ? Pour certains habitants, une simple réprimande ne serait pas à la hauteur des dégâts causés. Pour d’autres, la réponse doit éviter de réduire ces mineurs à leurs actes et chercher à empêcher la récidive.
L’affaire soulève aussi la question de l’accès des enfants aux mortiers d’artifice. Ces produits, souvent détournés de leur usage initial, peuvent provoquer de graves blessures, déclencher des incendies ou être utilisés contre des personnes et des bâtiments. Leur présence entre les mains d’enfants d’une dizaine d’années inquiète particulièrement les élus locaux.
Le maire défend une réponse à la fois éducative et ferme
Pour Zartoshte Bakhtiari, il ne suffit pas de réparer les dégâts ou d’envoyer une facture. L’enjeu consiste aussi à mieux encadrer les jeunes auteurs d’actes graves. Il défend une approche qui associe discipline, accompagnement et éducation, tout en critiquant certains dispositifs qu’il juge trop peu contraignants.
Le maire cite notamment l’exemple des centres Epide, créés en 2005 pour accompagner des jeunes en difficulté, souvent sortis du système scolaire ou éloignés de l’emploi. Ces établissements proposent un cadre structuré fondé sur la vie collective, la formation, l’apprentissage des règles et la préparation à l’insertion professionnelle.
Les participants y sont volontaires. Ils portent un uniforme, suivent un emploi du temps précis et prennent part à des activités destinées à renforcer l’autonomie, le respect des règles et le sens des responsabilités. Pour le maire, ce modèle permet d’imposer un cadre ferme sans pour autant enfermer les jeunes.
Un premier établissement de ce type en Seine-Saint-Denis doit justement ouvrir à Neuilly-sur-Marne dans les prochaines années. L’élu y voit une solution possible pour agir avant que certains comportements ne deviennent plus difficiles à corriger.
« Quand on remet un enfant dans le droit chemin, c’est d’abord lui qu’on sauve », souligne-t-il. Selon lui, plus l’intervention a lieu tôt, plus les chances de faire évoluer le jeune sont importantes.
Après cet incendie aux conséquences particulièrement lourdes, le maire attend donc une réponse qui dépasse la seule reconstruction du parc. Il souhaite que la justice établisse clairement les responsabilités, que les familles prennent conscience de la gravité des faits et que les enfants concernés bénéficient d’un accompagnement adapté.
Cette affaire rappelle enfin qu’un geste présenté comme un jeu peut, en quelques secondes, mettre en danger des vies, détruire un espace naturel et coûter plusieurs millions d’euros à une collectivité. Pour la municipalité, la priorité est désormais double : restaurer le parc du Croissant Vert et éviter qu’un tel scénario ne se reproduise.
