Invité sur le plateau de C à vous, le pédopsychiatre Olivier Révol a expliqué pourquoi le TDAH reste souvent difficile à repérer chez les femmes. Entre symptômes discrets, stratégies de compensation et diagnostic tardif, il met en lumière une réalité encore largement sous-estimée.
Le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) peut concerner aussi bien les femmes que les hommes. Pourtant, chez les petites filles, les signes sont souvent moins visibles et le diagnostic du TDAH peut arriver beaucoup plus tard.
Invité dans l’émission C à vous, le pédopsychiatre Olivier Révol, spécialiste du TDAH, est revenu sur les raisons qui peuvent expliquer cette différence. Aux côtés de Michel Cymes, il présentait leur livre Heureux comme des TDAH, paru le 28 janvier.
Pourquoi le diagnostic est-il plus difficile chez les femmes ?
Comme l’a rappelé Anne-Élisabeth Lemoine durant l’émission, seul un professionnel de santé peut établir un diagnostic de TDAH. Mais chez les filles et les femmes, le repérage peut être particulièrement délicat. Beaucoup ont tendance à internaliser leurs difficultés et à développer très tôt des stratégies pour s’adapter à ce que leur entourage attend d’elles.
Olivier Révol explique qu’elles peuvent ainsi apprendre à masquer leurs symptômes pendant de longues années. Elles donnent parfois l’impression de gérer leur quotidien sans difficulté particulière, alors qu’elles fournissent en réalité beaucoup d’efforts pour rester organisées, attentives ou répondre aux attentes scolaires et sociales.
Selon le pédopsychiatre, ce phénomène de masquage n’est d’ailleurs pas spécifique au TDAH. Il peut également être observé chez certaines femmes à haut potentiel, anxieuses ou présentant un trouble du spectre de l’autisme. À force de compenser, leurs difficultés peuvent passer sous le radar de la famille, de l’école et parfois même des professionnels.
Un TDAH sans hyperactivité
Autre difficulté : chez les femmes, le TDAH peut davantage se manifester sous une forme inattentive, sans hyperactivité très visible. Au lieu d’un enfant qui bouge constamment ou interrompt les autres, on peut observer une petite fille distraite, rêveuse, désorganisée ou souvent « dans la lune ».
Olivier Révol résume cette perception par une phrase simple : « Elle est mignonne, mais elle est rêveuse. » Ces signes étant moins spectaculaires qu’une agitation importante, ils peuvent facilement être considérés comme un simple trait de caractère. Résultat : le TDAH chez les filles risque de passer inaperçu pendant plusieurs années.
Un effondrement à l’âge adulte
Pendant l’enfance, les stratégies de compensation peuvent fonctionner. En primaire, certaines filles parviennent encore à suivre et à s’organiser malgré leurs difficultés. Mais avec les années, les exigences augmentent et l’équilibre devient plus fragile.
« Ça marche en primaire. Ça commence à être plus compliqué au collège. Et quand elles arrivent au lycée, et dans la vie professionnelle, et après, quand elles ont des enfants, une charge mentale qui est terrible, c’est là que ça explose », explique Olivier Révol.
Études, travail, organisation du foyer, responsabilités familiales ou encore charge mentale peuvent progressivement dépasser les capacités de compensation mises en place depuis l’enfance. Ce qui semblait auparavant maîtrisable devient alors beaucoup plus difficile à gérer au quotidien.
C’est pourquoi certaines femmes découvrent leur TDAH à l’âge adulte, parfois après être devenues mères. Le diagnostic peut alors permettre de mettre des mots sur des années de fatigue, de désorganisation, de difficultés de concentration ou de sentiment d’être constamment débordée.
Afficher cette publication sur Instagram
En bref
- Le TDAH chez les femmes peut rester longtemps invisible, notamment lorsque l’hyperactivité est absente.
- Le masquage des symptômes et les stratégies de compensation peuvent retarder le diagnostic jusqu’à l’âge adulte.
- Lorsque les responsabilités et la charge mentale augmentent, ces stratégies peuvent ne plus suffire, révélant alors plus clairement le trouble.
