Le phénomène du bébé poussette concerne certains enfants vivant dans une grande précarité. Pourquoi ces tout-petits passent-ils autant de temps dans leur poussette, et quelles conséquences cela peut-il avoir sur leur développement ? Voici ce qu’il faut comprendre.
En France, au moins 42 000 enfants sont mal logés, selon l’Unicef et la Fédération des acteurs de la solidarité. De son côté, la Fondation pour le logement des défavorisés, anciennement Fondation Abbé Pierre, estime qu’entre 2 000 et 3 000 enfants vivent dans la rue dans le pays.
Cette réalité particulièrement difficile affecte directement leur santé, leur sommeil et leur développement. Chez les plus jeunes, elle a notamment fait émerger un phénomène inquiétant : celui des « bébés poussette ».
Qu’est-ce que le phénomène du bébé poussette ?

Pour les parents qui vivent dans la rue ou passent régulièrement d’un hébergement d’urgence à un autre, la poussette devient bien plus qu’un simple moyen de déplacement. Faute de logement stable et d’espace sécurisé, certains enfants y restent installés pendant une grande partie de la journée, et parfois même durant la nuit.
La poussette finit alors par devenir une sorte de « résidence principale » pour le bébé. C’est cette situation que l’on désigne aujourd’hui sous le terme de phénomène du bébé poussette, notamment évoqué dans un article du Parisien.
Le problème est que les tout-petits ont besoin de bouger, d’explorer leur environnement, de jouer et d’interagir avec d’autres enfants pour se développer. Lorsqu’ils restent de longues heures attachés dans une poussette, ces expériences essentielles deviennent beaucoup plus rares.
D’après l’étude Enfams de Santé publique France, publiée en 2021, 80,9 % de ces enfants présentent un retard de développement. La pédiatre Célia Levavasseur, qui exerce au Centre hospitalier du Belvédère en Seine-Maritime, décrit des bébés qui bougent très peu et passent une grande partie de leur temps à observer leurs mains ou leurs pieds.
La spécialiste évoque notamment le cas d’un enfant qui ne répond pas au geste de l’« au revoir de la main », généralement acquis dès les premiers mois de la vie. Ce type de retard peut concerner aussi bien la motricité que les capacités d’interaction et de communication.
Une mère vivant avec son compagnon et leurs enfants entre la rue et l’hôtel depuis plusieurs mois raconte également que son fils de 18 mois marche peu lorsqu’ils se rendent au Centre d’action social protestant (Casp). Il reste souvent près d’elle et joue rarement avec les autres enfants.
Le manque de mouvement peut ainsi freiner l’apprentissage de la marche, tandis que l’absence d’un environnement stable limite les occasions de jouer, d’explorer et de créer des liens avec d’autres enfants. Le phénomène ne touche donc pas uniquement le développement physique : il peut aussi avoir des conséquences sur le développement social et émotionnel.
Les bébés poussette sont épuisés
Le manque de sommeil réparateur constitue une autre conséquence importante du phénomène. Dormir dans une poussette, dans la rue ou lors de déplacements répétés entre différents hébergements n’offre évidemment pas les mêmes conditions qu’un lit installé dans un logement stable.
Une mère d’un garçon de deux ans et demi explique que son enfant dort beaucoup, mais qu’il se réveille malgré tout fatigué. Son pédiatre lui demande régulièrement pourquoi il semble aussi épuisé.
Cette fatigue peut notamment s’expliquer par les nombreux micro-réveils que connaissent les enfants. Bruit, froid, lumière, déplacements ou changements fréquents de lieu peuvent interrompre leur sommeil à plusieurs reprises pendant la nuit.
Or, les jeunes enfants ont particulièrement besoin de longues périodes de sommeil continu. Un repos insuffisant ou constamment interrompu peut affecter leur humeur, leur capacité d’apprentissage, mais aussi leur croissance et leur développement.
Une crèche pour les enfants sans-abri
Face à cette situation, plusieurs initiatives locales cherchent à offrir aux familles un peu de stabilité. À Paris, le Centre d’action social protestant (Casp) a notamment mis en place une garderie encadrée par des puéricultrices.
Durant la journée, les enfants peuvent ainsi quitter leur poussette, jouer dans un espace adapté, se déplacer librement et côtoyer d’autres tout-petits. Pour eux, ces moments sont précieux : ils leur permettent de retrouver une partie des expériences indispensables à leur âge.
Cette réponse reste cependant limitée. Tous les enfants sans-abri n’ont pas accès à ce type de structure, et leur fonctionnement dépend souvent de financements fragiles. Pauline Marquis, chargée de mission enfance et familles au centre, rappelle ainsi que ces aides reposent sur des budgets susceptibles de disparaître rapidement.
Julie Lignon, chargée de plaidoyer chez Unicef France, appelle également à mieux documenter la santé et le développement des enfants confrontés à la grande précarité. Mieux connaître leurs besoins permettrait de mettre en place des réponses plus adaptées et, surtout, plus durables.
En bref
- Le phénomène du bébé poussette touche principalement les jeunes enfants privés de logement stable.
- Rester de longues heures dans une poussette peut affecter leur motricité, leur sommeil et leurs interactions sociales.
- Des solutions d’accueil existent, mais elles restent encore trop rares et dépendent souvent de financements fragiles.
