Réseaux sociaux interdits aux mineurs : la France s’apprête à écrire une première européenne
Le compte à rebours touche à sa fin. Le texte encadrant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux doit être voté ce mardi devant le Parlement, avec un objectif affiché : une mise en application concrète dès la rentrée prochaine. Après des mois de débats, la France pourrait donc devenir, dans les prochains jours, le tout premier pays du continent européen à graver dans la loi une véritable majorité numérique.
C’est lundi que les députés et sénateurs sont parvenus à s’entendre sur une version commune du texte, mettant fin à plusieurs semaines de navette parlementaire. Interrogée sur cette avancée, la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, n’a pas caché sa satisfaction : selon elle, ce vote fera basculer la France dans une nouvelle ère, celle d’un pays pionnier en matière de protection numérique des jeunes à l’échelle européenne.
Un mouvement qui dépasse largement nos frontières
La France est loin d’être un cas isolé. Partout dans le monde, les gouvernements se saisissent peu à peu de la question et légifèrent, à des degrés divers, pour limiter l’exposition des plus jeunes aux plateformes sociales. D’après un recensement établi par l’AFP, une vingtaine de pays travaillent aujourd’hui sur ce type de mesures, et cinq d’entre eux ont déjà franchi le pas en imposant des restrictions d’accès effectives : l’Australie, le Brésil, la Chine, l’Indonésie et la Malaisie.
Ce qui frappe, c’est la rapidité avec laquelle ces dispositifs se mettent en place. La grande majorité de ces réglementations sont extrêmement récentes, et convergent globalement vers un même seuil : l’interdiction ou l’encadrement strict de l’accès pour les moins de 15, voire 16 ans selon les pays.
Du côté de Bruxelles, la réflexion avance également. La Commission européenne devrait dévoiler, dans le courant de l’après-été, un projet reposant sur une logique d’accès progressif : purement et simplement interdit avant 13 ans, puis ouvert de façon encadrée entre 13 et 18 ans. Une approche graduelle qui tranche avec la fermeté du modèle français, plus radical dans sa formulation.

La grande inconnue : comment vérifier l’âge des utilisateurs ?
Reste une question de taille, à laquelle le texte français n’apporte pour l’instant aucune réponse tranchée : quelle méthode utiliser pour s’assurer, dans les faits, que l’utilisateur a bien l’âge qu’il prétend avoir ? Plusieurs pistes techniques existent déjà, chacune avec ses avantages et ses failles.
La première consiste à demander une pièce d’identité officielle avant de valider l’inscription. Une solution simple sur le papier, mais qui montre vite ses limites : documents falsifiés, comptes créés au nom d’un parent ou d’un aîné, réticence des utilisateurs à transmettre des données aussi sensibles… De son côté, l’Union européenne planche sur une alternative technologique, le portefeuille d’identité numérique, un outil pensé pour permettre à chacun de présenter ses documents officiels directement depuis son smartphone, sans passer par un tiers.
Autre piste explorée : la reconnaissance faciale via un simple selfie. En Australie, les utilisateurs de Snapchat peuvent par exemple se prendre en photo, une image ensuite analysée par la solution k-ID afin d’en déduire un âge estimé. Meta, maison mère d’Instagram et de Facebook, a opté pour une approche similaire en confiant cette mission à Yoti, une start-up londonienne spécialisée dans la vérification d’identité. Son système, basé sur l’intelligence artificielle, promet une estimation de l’âge en moins d’une minute. Séduisante sur le papier, cette technologie inquiète toutefois une partie des experts, qui redoutent des marges d’erreur importantes autour des seuils critiques, ainsi que l’apparition rapide de stratégies de contournement imaginées par les adolescents eux-mêmes.
Une troisième voie, plus indirecte, consiste à s’appuyer sur l’analyse comportementale des comptes : type de photo de profil utilisée, messages d’anniversaire reçus au fil des années, nature des contenus consultés ou publiés. Une méthode qui permettrait de repérer des incohérences révélatrices d’une fraude sur l’âge déclaré, mais qui soulève à son tour de sérieuses interrogations, à la fois sur la fiabilité des résultats obtenus et sur le respect de la vie privée des utilisateurs.
Un enjeu encore loin d’être tranché
Si le vote de mardi marque une étape symbolique forte, il ne règle donc pas tout. La véritable épreuve commencera après l’adoption du texte, lorsqu’il faudra transformer une ambition politique en dispositif technique réellement applicable, fiable et respectueux des libertés individuelles. Entre efficacité recherchée et protection des données personnelles, la France s’apprête à devenir un véritable laboratoire européen, observé de près par ses voisins.
Source : 20Minutes
