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« On met encore au monde les bébés davantage par tradition que selon la science » : une étude s’intéresse aux positions d’accouchement

Pour la toute première fois, des chercheurs se sont penchés sur les positions d’accouchement sous un angle biomécanique. Une approche encore très peu explorée jusqu’ici, alors même que l’accouchement représente l’un des efforts physiques les plus intenses que le corps humain puisse traverser. Leurs conclusions mettent en avant une idée essentielle : il n’existe pas de position universelle adaptée à toutes les femmes, et chaque accouchement devrait être envisagé de manière personnalisée.

L’accouchement entraîne des transformations biomécaniques profondes. Le bassin se mobilise, les muscles travaillent intensément, la colonne vertébrale s’adapte en permanence et l’équilibre du corps change au fil des contractions et des mouvements du bébé. Pourtant, malgré cette complexité, une revue scientifique menée par l’Université du Lancashire, au Royaume-Uni, et publiée dans la revue PLOS One, révèle qu’aucune étude n’avait réellement étudié jusque-là la biomécanique de l’accouchement dans son ensemble.

Un manque de connaissances sur le sujet

Dans le cadre de cette revue, les scientifiques ont analysé 87 études consacrées à l’accouchement. Mais un constat revient systématiquement : les recherches existantes se concentrent surtout sur certains aspects médicaux ou obstétricaux, sans vraiment s’intéresser aux mécanismes biomécaniques du corps pendant le travail.

Autre élément important soulevé par les chercheurs : l’origine ethnique des mères n’était presque jamais prise en compte dans les données étudiées. Pourtant, la morphologie du bassin et la structure squelettique peuvent varier d’une population à une autre, ce qui peut influencer la manière dont le corps réagit pendant l’accouchement.

Pour les auteurs de l’étude, ce manque de données ne relève pas seulement d’un problème scientifique théorique. Les facteurs biomécaniques peuvent avoir un impact direct sur certaines complications maternelles ou néonatales, notamment les lésions musculaires, les difficultés pendant le travail ou certains traumatismes liés à l’accouchement.

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Dans plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni, les taux de mortalité maternelle stagnent depuis plusieurs années, voire augmentent dans certains cas. Mieux comprendre les mécanismes physiques de l’accouchement pourrait donc jouer un rôle important dans l’amélioration de la sécurité des mères et des nouveau-nés.

La Dre Anastasia Topalidou, professeure agrégée en biomécanique périnatale et technologies de la santé, estime qu’il s’agit d’un véritable « angle mort scientifique » aux conséquences bien concrètes. Dans un communiqué, elle compare cette situation au domaine du sport :

« Pour un marathon, nous avons étudié chaque muscle, chaque articulation et chaque force impliquée. Mais lorsqu’il s’agit d’un accouchement, qui est pourtant un événement biomécanique encore plus complexe et intense, nous demandons simplement aux femmes de le faire, sans disposer de véritables preuves scientifiques pour comprendre ce qui se passe dans leur corps. »

Selon elle, une grande partie des pratiques actuelles repose encore davantage sur des habitudes et des traditions que sur une compréhension biomécanique précise.

Il n’y a pas de “bonne” position d’accouchement universelle

accouchement
© Getty images/ Pressmaster

Pour commencer à combler ce manque de connaissances, les chercheurs ont réalisé les premières analyses biomécaniques portant sur les sept positions verticales d’accouchement les plus couramment utilisées.

L’étude a été menée auprès de 15 femmes en bonne santé, non enceintes, dans des conditions de laboratoire contrôlées. Même si cette méthodologie ne permet pas encore de reproduire toutes les contraintes d’un véritable accouchement, elle a offert aux scientifiques une première base de comparaison sur la manière dont différentes positions influencent le bassin, les hanches et le tronc.

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Les résultats ont rapidement montré que chaque position possède son propre fonctionnement biomécanique. Mais surtout, les chercheurs ont constaté qu’aucune femme ne reproduisait exactement les mêmes mouvements. Une même posture pouvait être réalisée de façon très différente selon la morphologie, la souplesse, l’équilibre ou encore les habitudes corporelles de chacune.

Autrement dit, il n’existe pas de schéma biomécanique standard ou de position « parfaite » qui conviendrait à toutes les femmes pendant l’accouchement.

La Dre Lauren Haworth, qui a participé à ces travaux, explique que les positions verticales modifient différemment l’alignement des hanches, du bassin et de la colonne vertébrale. Certaines femmes peuvent donc se sentir plus stables ou plus à l’aise dans certaines positions, tandis que d’autres auront besoin d’une posture totalement différente.

Le confort, la mobilité, l’équilibre, d’anciennes blessures, la souplesse ou même la courbure naturelle de la colonne vertébrale peuvent influencer la manière dont le corps réagit pendant le travail. C’est précisément pour cette raison que les chercheurs estiment qu’il est impossible d’établir des recommandations totalement standardisées.

L’équipe à l’origine de l’étude rappelle toutefois que ces premiers résultats ne doivent pas encore être utilisés comme des recommandations médicales officielles. Ils constituent avant tout une base scientifique destinée à ouvrir la voie à de futures recherches plus poussées.

Les scientifiques soulignent désormais la nécessité de mener des études auprès de femmes enceintes issues de profils variés, afin de mieux représenter la diversité des morphologies et des expériences d’accouchement.

Ils insistent également sur l’importance de développer des outils technologiques capables de recueillir des données biomécaniques pendant l’accouchement de manière éthique, inclusive et non intrusive. L’objectif est simple : comprendre plus précisément ce qui se passe dans le corps au moment de l’accouchement afin d’améliorer la sécurité, le confort et l’accompagnement des femmes.

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Pour la Dre Anastasia Topalidou, intégrer la biomécanique à la formation des professionnels de la maternité devient aujourd’hui indispensable. Sans ces connaissances, l’accompagnement à l’accouchement continuera de reposer davantage sur des suppositions et des traditions que sur une véritable compréhension scientifique du fonctionnement du corps humain.

Elle conclut en rappelant que des milliards sont investis pour comprendre des phénomènes extrêmement complexes comme les trajectoires spatiales ou la mécanique des étoiles, alors que les mouvements et techniques pouvant faciliter l’accouchement restent encore largement méconnus. Selon elle, il ne s’agit pas d’un manque de technologie, mais plutôt d’une question de priorités scientifiques.

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