Les enfants nés dans les années 1960 et 1970 ont-ils vraiment connu « la dernière enfance heureuse » ? La formule fait mouche, mais elle va plus loin que ce que disent les travaux cités. Ce qui ressort, c’est surtout une enfance plus libre : plus de jeu sans adultes, plus de responsabilités, plus d’ennui. Voici ce que dit le psychologue Peter Gray, ce que montrent les données, et ce que vous pouvez en tirer pour vos enfants.
Ce que dit Peter Gray : une enfance plus libre
D’après Marie France (20 août 2026), l’article s’appuie sur les travaux du psychologue américain Peter Gray, spécialiste du jeu et de l’apprentissage chez l’enfant. Son idée centrale : le jeu libre, sans adulte qui organise, a peu à peu disparu. Les enfants des années 1960 et 1970 passaient leurs après-midi dehors, entre copains, sans téléphone ni réseaux sociaux. Ils devaient décider à quoi jouer, avec qui et jusqu’où aller, régler leurs disputes et se débrouiller quand un pépin arrivait loin de leurs parents.
Selon Gray, ces expériences nourrissent l’autonomie, la confiance en soi et la capacité à affronter les difficultés. L’ennui faisait aussi partie du tableau : sans écran, il fallait inventer une cabane, une histoire ou un jeu de ballon.
Responsabilités et disputes : d’autres façons d’apprendre
L’article rappelle que les enfants d’alors avaient des petites responsabilités : aller chercher le pain, aider à la maison, garder un petit frère ou une petite sœur. Les psychologues parlent de « locus de contrôle interne » : le sentiment que ses actions ont un effet sur ce qui nous arrive. Les conflits aussi avaient leur rôle : impossible de « bloquer » un camarade, il fallait le retrouver le lendemain à l’école et s’expliquer, ce qui apprend à gérer la frustration et ses émotions.

Petite correction : « la psychologie est formelle » est exagéré
Le titre parle d’une psychologie « formelle » et de « la dernière génération » heureuse. Le texte lui-même est plus prudent : l’auteur reconnaît que tous les enfants de l’époque n’étaient pas heureux, avec des difficultés familiales, sociales et économiques, et conclut que c’est « l’une des dernières » générations à avoir connu autant de liberté. Côté science, Peter Gray défend dans l’American Journal of Play l’idée que la baisse du jeu libre contribue à la hausse de l’anxiété, de la dépression et du sentiment d’impuissance chez les jeunes. Mais il décrit surtout deux tendances qui évoluent en sens inverse : c’est une hypothèse sérieuse, pas une preuve définitive. D’autres facteurs, comme les écrans, la pression scolaire ou la façon de diagnostiquer, entrent aussi en jeu.
Utile : ce que montrent vraiment les données
Une méta-analyse de Twenge, Zhang et Im (2004), publiée dans Personality and Social Psychology Review, a comparé des études menées aux États-Unis de 1960 à 2002. Elle montre que les jeunes se sentent de plus en plus contrôlés par des forces extérieures : l’écart moyen est d’environ 0,80 écart-type, soit un étudiant moyen de 2002 plus « externe » que 80 % de ceux du début des années 1960. Ces résultats concernent les États-Unis et non la France, mais ils vont dans le sens de ce que décrit Peter Gray.
Utile : redonner de l’autonomie à son enfant, étape par étape
Ces conseils ne viennent pas d’une étude : ce sont des idées de bon sens, à adapter à l’âge et à la maturité de chaque enfant.
- Laissez du temps libre sans programme : une demi-heure sans écran ni activité organisée suffit pour que l’ennui devienne créatif.
- Confiez de petites missions : mettre la table, choisir un menu, aller chercher le pain avec un adulte à proximité, puis seul quand l’enfant est prêt.
- Intervenez moins dans les disputes : laissez-les d’abord chercher une solution, et n’arbitrez que si cela dégénère.
- Élargissez le terrain de jeu progressivement : jardin, rue calme, parc proche, selon votre quartier et son âge.
- Gardez la sécurité en tête : l’autonomie s’apprend avec des repères clairs (où il va, à quelle heure il rentre), pas en supprimant toute surveillance.
En bref
Peter Gray estime que la disparition du jeu libre prive les enfants d’occasions d’apprendre l’autonomie, la confiance en soi et la gestion des conflits.
« Dernière génération heureuse » est une formule exagérée : l’article nuance lui-même, et les travaux montrent une hypothèse sérieuse, pas une preuve définitive.
Chez vous, de petites responsabilités et du temps libre, avec un cadre de sécurité, aident un enfant à gagner en autonomie.
Sources
- Marie France : la psychologie est formelle, les personnes nées entre 1960 et 1970 constituent la dernière génération à avoir connu une enfance véritablement heureuse (20 août 2026)
- Peter Gray : The Decline of Play and the Rise of Psychopathology in Children and Adolescents (American Journal of Play)
- Twenge, Zhang et Im : It’s Beyond My Control, méta-analyse sur le locus de contrôle des jeunes, 1960-2002 (Personality and Social Psychology Review, 2004)
