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« J’ai déchiré un vieux tee-shirt pour les règles de ma fille » : cette précarité qui concerne 4 millions de Français

Gel douche, dentifrice, déodorant, protections menstruelles ou encore lessive… Ces produits du quotidien, considérés autrefois comme accessibles à tous, deviennent aujourd’hui de plus en plus difficiles à acheter pour de nombreux foyers français. Selon une récente étude menée par l’Ifop pour l’association Dons Solidaires, près de 4 millions de Français renoncent désormais à certains produits d’hygiène essentiels en raison de difficultés financières.

Cette réalité touche particulièrement les familles modestes, les travailleurs précaires et les parents isolés, confrontés chaque mois à des choix budgétaires douloureux. Entre le paiement du loyer, des factures énergétiques et l’alimentation des enfants, les dépenses liées à l’hygiène passent souvent au second plan.

« Une fois, ma fille avait ses règles et je n’avais pas les moyens d’acheter des serviettes hygiéniques. J’ai dû découper un vieux T-shirt pour qu’elle puisse tenir quelques heures », raconte Nora, 48 ans, habitante de Montreuil en Seine-Saint-Denis. Derrière ce témoignage bouleversant se cache une réalité que vivent des milliers de familles en silence.

Selon l’enquête réalisée en novembre 2025 auprès de plus de 4000 adultes, une femme sur dix déclare avoir recours à des alternatives improvisées aux protections menstruelles faute de budget suffisant. Une situation qui met en lumière l’ampleur de la précarité menstruelle en France.

60 % des familles monoparentales réduisent leurs achats de produits d’hygiène

produit hygiene
Photo d’illustration Patrice Lapoirie

L’étude révèle que les familles monoparentales sont parmi les plus touchées par cette crise silencieuse. Environ 60 % d’entre elles affirment limiter leurs achats de produits d’hygiène pour des raisons économiques, contre 43 % des Français en moyenne.

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Pour de nombreux parents seuls, chaque dépense doit être calculée avec précision. Les produits jugés « non essentiels » sont souvent supprimés afin de privilégier les besoins alimentaires des enfants.

« C’est frustrant de devoir se priver alors qu’on travaille tous les jours. On finit par payer uniquement le loyer, les factures et les courses alimentaires », explique Radia, assistante dentaire à Saint-Denis.

Mère célibataire de trois enfants, Radia perçoit environ 1500 euros par mois ainsi qu’une aide de la CAF. Malgré cela, son budget reste insuffisant pour couvrir toutes les dépenses du foyer. Les produits de beauté et de soin ont totalement disparu de son quotidien.

« Les parfums, les crèmes, le maquillage… tout ça, c’est terminé. Je préfère acheter de la nourriture pour mes enfants », confie-t-elle. Pour économiser davantage, elle remplace également les lingettes pour bébé par de l’eau et du savon, une solution bien moins coûteuse.

La précarité hygiénique fragilise aussi la vie sociale et l’estime de soi

Au-delà des difficultés matérielles, le manque d’accès aux produits d’hygiène a également des conséquences psychologiques importantes. Selon l’étude de l’Ifop, près d’une personne concernée sur deux affirme ressentir une perte de confiance en elle.

Les travailleurs pauvres, même lorsqu’ils occupent un emploi, figurent parmi les plus exposés à cette précarité. Beaucoup expliquent devoir choisir entre acheter des produits alimentaires ou des produits d’hygiène.

L’enquête révèle aussi que 46 % des personnes touchées disent souffrir d’une baisse d’estime personnelle, tandis qu’environ un tiers reconnaît limiter ses sorties et rester davantage chez soi par peur du regard des autres.

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À Aubervilliers, Yamina Bouadou, responsable d’une antenne des Restos du Cœur, observe cette détresse au quotidien. Elle constate notamment une augmentation des demandes concernant les protections pour adultes, particulièrement coûteuses dans les grandes surfaces.

« Beaucoup de personnes âgées n’osent plus sortir lorsqu’elles ne peuvent plus se sentir propres ou dignes », explique-t-elle. Pour ces personnes vulnérables, l’accès à l’hygiène devient directement lié à la vie sociale et au maintien du lien avec les autres.

Des solutions maison pour préserver l’essentiel malgré les difficultés

Face à cette situation, certaines familles développent des alternatives économiques afin de préserver leur hygiène sans exploser leur budget.

Gélese, une mère de famille haïtienne de 46 ans vivant avec quatre enfants, dont deux adolescentes encore à charge, explique avoir dû abandonner plusieurs habitudes qu’elle appréciait auparavant.

« J’aimais me maquiller, faire mes brushings et prendre soin de mes ongles. Aujourd’hui, je dois surtout penser à l’essentiel », raconte-t-elle.

Actuellement sans emploi, l’ancienne auxiliaire de vie refuse néanmoins de négliger l’hygiène de sa famille. Pour réduire les dépenses, elle fabrique elle-même sa lessive à base de savon et de bicarbonate.

Elle apprend également à ses filles à confectionner leur propre déodorant avec de la pierre d’alun, une solution plus économique et sans produits chimiques. Une manière pour cette mère de conserver un minimum de confort malgré des conditions financières difficiles.

La montée de la précarité hygiénique en France met en évidence une réalité souvent invisible : derrière des produits du quotidien se cachent aujourd’hui de véritables enjeux de dignité, de santé et d’inclusion sociale.

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Source : Actu.fr

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