Un faux cancer, des années de traitements inutiles

Pendant près de quatre ans, cette patiente italienne a cru mener une bataille acharnée contre un lymphome intestinal, diagnostiqué en 2006. Sur la base de ce diagnostic, les médecins ont mis en place une chimiothérapie associée à une corticothérapie, traitements poursuivis entre janvier 2007 et mai 2011. Ce n’est qu’après une nouvelle biopsie osseuse réalisée dans un autre établissement que la vérité éclate : aucune cellule cancéreuse n’a été détectée.
La patiente a alors saisi la justice. La Cour d’appel de Florence a jugé l’hôpital de Pise responsable de négligence médicale, soulignant l’impact lourd de cette erreur : souffrance morale, effets secondaires des traitements, et atteinte physique. Résultat : une indemnisation à hauteur d’un demi-million d’euros a été ordonnée.
Erreur de diagnostic : comment est-ce possible ?
Selon le Dr Gérald Kierzek, ce type d’erreur est extrêmement rare mais reste possible. Il explique que la confusion peut provenir de plusieurs facteurs : une mauvaise interprétation des examens, une lecture biaisée des biopsies, ou encore une corrélation insuffisante entre les résultats cliniques, l’imagerie et l’analyse histologique.
Parfois, une lésion bénigne ou une inflammation peut être prise à tort pour une tumeur maligne, surtout en l’absence de relecture experte. Une fois que le diagnostic de cancer est posé, il devient un cadre de référence difficile à remettre en question, même en cas d’incohérences.
Pourquoi l’erreur a duré aussi longtemps
Le plus étonnant dans cette affaire, c’est la durée de l’erreur : près de 4 ans sans qu’aucune alerte ne permette de rectifier le tir. Le Dr Kierzek explique que lorsqu’un patient est catalogué comme atteint de cancer, tous les examens suivants sont interprétés à travers ce prisme : évolution positive, stabilité… même si le profil ne colle pas tout à fait.
Cette lecture orientée est souvent accompagnée d’un manque de remise en question structuré, d’absence de second avis ou de relecture approfondie. Résultat : l’erreur devient invisible, même pour des médecins expérimentés.
Les étapes clés avant d’engager une chimiothérapie
Pour éviter ce type de catastrophe, le Dr Kierzek insiste sur la nécessité de respecter un parcours diagnostique rigoureux avant toute décision thérapeutique lourde. Voici les points essentiels :
- Une preuve histologique claire, incluant une immunohistochimie et, si besoin, une analyse en biologie moléculaire.
- Une relecture systématique en cas de doute, notamment pour les lésions complexes.
- Un bilan d’extension standardisé (scanner, IRM, TEP selon le cancer) et un bilan biologique complet.
- Une évaluation de la capacité du patient à supporter les traitements envisagés.
Mais ce n’est pas tout. Le processus doit ensuite passer par deux étapes essentielles :
- La réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) : un moment clé où plusieurs médecins examinent ensemble les données cliniques et décident de la stratégie thérapeutique.
- Un deuxième avis médical, particulièrement recommandé lorsqu’il s’agit de décisions graves et engageantes.
Pour le Dr Kierzek, cette histoire est un rappel puissant de l’importance de la vigilance collective. Dans un système de santé complexe, ce sont les échanges, les relectures et les collaborations entre spécialistes qui permettent d’éviter les erreurs graves. Quand il s’agit de traitements aussi lourds qu’une chimiothérapie, aucun doute ne doit être laissé au hasard.
Sources
- Entretien avec le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste et directeur médical de Doctissimo
- Daniela, risarcita dopo la chemio fatta per un tumore che non c’era : «I soldi? Non m’importa. Adesso sono malata davvero e sono una donna finita», corrierefiorentino.corriere.it
