Une enfance marquée par un traumatisme profond

Karine Jambu n’avait que 5 ans lorsqu’elle a subi les premières violences. Pendant plusieurs années, elle a été victime d’un prédateur récidiviste, dans un contexte où ni son entourage ni les institutions censées la protéger n’ont su intervenir efficacement. Ce n’est qu’à la suite d’une autre affaire que son agresseur a été incarcéré.
Lors du procès en 2018, alors âgée de 20 ans, Karine obtient enfin une forme de reconnaissance judiciaire. Dans le box, Roland Blaudy reconnaît les faits, affirmant ne pas avoir conscience de leur gravité. Il est condamné à la peine maximale.
Une reconstruction fragilisée par une décision inattendue
Aujourd’hui âgée de 29 ans, Karine pensait avancer. Mais en novembre, elle apprend que son agresseur demande une sortie de prison. Une nouvelle difficile à encaisser. Quelques mois plus tard, la décision tombe : il sera libéré le 12 mai.
Le choc est encore plus grand lorsqu’elle découvre qu’il vivra dans la même ville qu’elle. « Je ne comprends pas comment c’est possible », confie-t-elle, exprimant incompréhension et inquiétude face à cette situation.
Confusion de peines : un mécanisme juridique méconnu

Comment expliquer une telle libération après seulement huit ans ? La réponse se trouve dans le Code pénal. Roland Blaudy avait déjà été condamné en 2007 à 18 ans de prison pour des faits similaires. Grâce à la confusion des peines, les condamnations ont été exécutées simultanément.
Concrètement, la peine la plus longue a absorbé les autres. Une fois la période de sûreté terminée, il devient légalement possible de demander un aménagement de peine. La justice estime par ailleurs que sa dangerosité a diminué, tout en précisant qu’un suivi strict sera mis en place.
Une décision vécue comme une injustice par les proches
Pour la famille de Karine, cette libération est incompréhensible. Sa tante, Laurence Brunet-Jambu, dénonce une situation qu’elle juge profondément injuste. Selon elle, cette décision revient à faire subir une nouvelle épreuve à la victime.
Elle rappelle également le passé judiciaire lourd de Roland Blaudy, condamné à plusieurs reprises pour des faits impliquant des mineures. « C’est un récidiviste », insiste-t-elle, mettant en doute l’efficacité des mesures censées prévenir une récidive.
Une cohabitation imposée difficile à accepter
La justice interdit à Roland Blaudy tout contact avec sa victime pendant quinze ans. Mais dans les faits, cette mesure semble difficile à garantir, puisque les deux vivent désormais dans la même ville.
Karine exprime une angoisse bien réelle : comment vivre sereinement en sachant qu’elle pourrait croiser son agresseur ? La décision de justice évoque une « situation inconfortable », un terme jugé particulièrement froid face à la réalité vécue.
Un sentiment d’abandon face au système judiciaire

Sans possibilité de recours, Karine se sent aujourd’hui démunie. Elle remet en question le sens même de la condamnation initiale. « À quoi servent ces peines si elles ne sont pas appliquées comme prévu ? », s’interroge-t-elle.
Ce sentiment de trahison reflète un malaise plus large concernant la manière dont certaines affaires sont traitées, notamment lorsqu’elles impliquent des victimes mineures.
Un parcours déjà médiatisé pour dénoncer des défaillances
L’histoire de Karine Jambu avait déjà suscité l’attention à travers un livre et une adaptation télévisée. Ces œuvres mettaient en lumière les failles des services sociaux, de la justice et du système de protection de l’enfance.
Dès sa naissance, des signaux d’alerte existaient. Pourtant, malgré des antécédents graves dans son environnement familial, les mesures nécessaires n’ont pas été prises à temps. Aujourd’hui encore, cette affaire soulève des questions importantes sur la capacité des institutions à protéger les plus vulnérables.
Source : C. Allain/20 Minutes
