Vous avez peut-être déjà entendu ces mots dans le cabinet de votre médecin ou à la maternité : « grossesse gériatrique ». Encore employée dans certains contextes médicaux à partir de 35 ans, cette expression paraît pourtant de plus en plus éloignée de la réalité. Aujourd’hui, près d’une naissance sur trois concerne une mère âgée de 35 ans ou plus.
À l’heure où devenir mère après 35 ans est devenu courant, l’expression « grossesse gériatrique » continue pourtant d’apparaître dans certains parcours de soins. Une terminologie que de nombreuses femmes jugent maladroite, voire blessante. La marque Boome, spécialisée dans les compléments alimentaires dédiés à la maternité, souhaite aujourd’hui faire évoluer ce vocabulaire et lance une campagne nationale appelant à son abandon.
Un terme médical de plus en plus décalé avec la réalité des maternités
La maternité après 35 ans n’a plus rien d’exceptionnel. En 2025, environ 30 % des naissances en France concernent des femmes âgées de 35 ans ou plus, alors qu’elles ne représentaient que 14 % des naissances en 1995. Dans le même temps, l’âge moyen des femmes au moment de l’accouchement se situe désormais autour de 30 ans.
La progression est également nette chez les mères de 40 ans et plus. Leur part est passée d’environ 4 % des naissances en 2010 à 7 % aujourd’hui, soit près d’un bébé sur quatorze. Et contrairement à certaines idées reçues, il ne s’agit pas toujours d’une deuxième ou d’une troisième grossesse : pour près d’un quart de ces femmes, c’est leur premier enfant.
C’est précisément ce décalage que souhaite mettre en lumière Boome. Le mot « gériatrique » renvoie normalement à la médecine consacrée aux personnes âgées. Son association avec une femme enceinte de 35, 38 ou même 42 ans peut donc sembler particulièrement inadaptée. D’autant que, sur le plan médical, parler simplement de grossesse après 35 ans ou indiquer l’âge de la future mère permet de transmettre l’information de manière beaucoup plus précise.
« Grossesse gériatrique » : des mots qui peuvent peser sur le vécu des futures mamans
Le débat ne concerne pas uniquement la définition d’un terme. Les mots employés pendant la grossesse peuvent également influencer la façon dont une femme vit son parcours. Être qualifiée de « grossesse gériatrique » ou de « grossesse tardive » peut donner le sentiment que la grossesse est immédiatement considérée comme anormale, fragile ou inquiétante.
Pour certaines femmes, cette formulation peut renforcer l’anxiété ou la culpabilité, notamment lorsque la grossesse arrive après plusieurs années d’attente, un parcours médical complexe ou des difficultés à concevoir. Un simple terme médical peut alors prendre une dimension beaucoup plus personnelle.
Pour mieux comprendre ce ressenti, Boome s’est notamment appuyée sur une analyse qualitative de témoignages publiés dans des forums et communautés francophones, ainsi que sur différents contenus éditoriaux. Plusieurs femmes expliquent avoir entendu cette expression au cours de leur suivi médical. Certaines disent l’avoir vécue comme une remarque particulièrement brutale, au point parfois de remettre en question leur relation avec leur praticien.
Le problème vient aussi de tout ce que le terme « gériatrique » évoque spontanément : vieillesse, déclin ou perte d’autonomie. Des associations qui n’ont évidemment rien à voir avec la situation d’une future mère de 35 ou 40 ans. Sur les réseaux sociaux et les forums, certaines femmes préfèrent d’ailleurs tourner l’expression en dérision pour mieux la désamorcer. L’humour n’efface toutefois pas complètement le malaise.

Ce que demande concrètement la campagne de Boome
Avec cette campagne, Boome souhaite aller au-delà de la simple dénonciation d’une expression jugée dépassée. La marque avance plusieurs propositions destinées aux professionnels de santé, aux établissements médicaux et aux institutions.
- L’abandon des termes « grossesse gériatrique » et « grossesse tardive » dans les recommandations, protocoles, logiciels professionnels et documents destinés aux patientes.
- L’utilisation d’une terminologie plus neutre et plus précise, comme « grossesse après 35 ans », ou tout simplement la mention de l’âge maternel lorsque cette donnée présente un intérêt médical.
- Une meilleure sensibilisation des soignants à l’impact des mots employés pendant la grossesse.
- La révision des documents et supports d’information qui utilisent encore ces expressions.
Pour donner davantage de visibilité à cette mobilisation, la marque a également lancé une pétition et publié une lettre ouverte présentant ses revendications. La campagne s’accompagne d’un film manifeste et de plusieurs visuels représentant des femmes enceintes de 35 ans et plus. Une façon de montrer des parcours de maternité bien réels, très éloignés de l’image suggérée par le mot « gériatrique ».
Grossesse après 35 ans : ce qu’en disent les expertes
Pour Sabrina Bestani, cofondatrice de Boome, cette expression serait surtout l’héritage d’une époque où avoir un enfant après 35 ans était beaucoup moins fréquent. La société a pourtant changé, tout comme les parcours personnels et professionnels des femmes.
Anne Evrard, coprésidente du CIANE, Collectif Interassociatif Autour de la Naissance, souligne de son côté le décalage qui peut exister entre certains termes issus du langage médical et la manière dont ils sont reçus dans la vie quotidienne. Une expression clinique n’est jamais totalement neutre lorsqu’elle touche à une période aussi intime que la grossesse.
La campagne ne remet cependant pas en cause les risques médicaux pouvant augmenter avec l’âge maternel. Une grossesse après 35 ou 40 ans peut nécessiter une surveillance adaptée et, selon la situation de chaque femme, un suivi plus attentif. Le débat porte plutôt sur la manière d’expliquer ces risques sans enfermer les futures mères dans une terminologie anxiogène ou dépassée.
Alors que les grossesses après 35 ans concernent désormais une part importante des familles françaises, la question devient donc simple : est-il encore pertinent d’utiliser un mot associé au grand âge pour parler d’une réalité devenue aussi courante ? Pour Boome et les soutiens de cette campagne, adapter le vocabulaire médical à la société actuelle permettrait d’informer les femmes avec davantage de précision, sans ajouter inutilement de l’inquiétude à leur parcours.
En bref
- La grossesse après 35 ans est devenue une réalité fréquente en France, alors que l’expression « grossesse gériatrique » reste encore utilisée dans certains contextes médicaux.
- Boome demande son remplacement par un vocabulaire plus neutre, précis et respectueux, comme « grossesse après 35 ans ».
- L’objectif n’est pas de nier les éventuels risques liés à l’âge, mais de permettre un suivi médical adapté sans stigmatiser les futures mamans.
