AutreQuand peut-on arrêter d'allaiter Bébé à la demande ?

Quand peut-on arrêter d’allaiter Bébé à la demande ?

Allaiter à la demande : ce que ça veut vraiment dire, jusqu’à quel âge, et comment y mettre fin en douceur

C’est une expression qu’on entend partout dès la maternité, mais qu’on comprend rarement dans toute sa nuance : allaiter à la demande. Faut-il vraiment donner le sein dès le premier cri ? Existe-t-il un âge au-delà duquel il faudrait arrêter ? Et surtout, comment fait-on marche arrière quand on décide, un jour, de tourner la page ? Pour y voir clair, Carole Hervé, consultante en lactation et autrice de plusieurs ouvrages de référence sur l’allaitement — dont « Choisir d’allaiter » (éditions First, septembre 2022) et « Mon allaitement sur mesure » (Albin Michel, 2020) — a accepté de démêler le vrai du faux.

Que signifie réellement allaiter Bébé « à la demande » ?

Dans les tout premiers jours de vie, la notion d’allaitement à la demande ne recouvre pas exactement ce que l’on imagine. Il ne s’agit pas d’attendre un horaire fixe ni un intervalle précis entre deux tétées. En réalité, le meilleur moment pour proposer le sein n’est presque jamais celui où le bébé le réclame bruyamment : c’est plutôt cette fenêtre discrète où il flotte entre somnolence et éveil, ou ce tout petit instant où, posé contre nous, il commence tout juste à chercher. Cette transition ne dure qu’une quinzaine de secondes, mais savoir la repérer change tout : le bébé tète alors par réflexe, dans le calme, et non dans l’urgence de la faim.

Attendre qu’il soit franchement réveillé pour lui donner le sein peut sembler logique sur le papier, mais c’est souvent contre-productif : un nourrisson affamé a tendance à pincer le mamelon et à pleurer, ce qui rend la mise au sein beaucoup plus douloureuse pour la maman. C’est cette lecture fine des signaux du corps qui constitue, dans les premiers jours, la véritable « demande » du bébé.

Heureusement, les choses évoluent vite. Au fil des jours, Bébé s’éveille davantage et il n’est plus nécessaire d’anticiper chaque petit bruit de peur de « rater le coche ». La maman apprend peu à peu à reconnaître les signaux annonciateurs de la faim — la bouche qui s’entrouvre, la langue qui pointe — et devient de plus en plus à l’aise pour proposer le sein au bon moment. Aux alentours de trois mois, l’allaitement à la demande laisse place à ce qu’Ingrid Bayot, formatrice en périnatalité et allaitement, appelle joliment l’« allaitement à l’amiable » : la mère commence à anticiper les tétées, tout en continuant de répondre aux besoins réels de son enfant, et retrouve au passage un peu de liberté.

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Il faut aussi accepter une chose : cette demande reste par nature imprévisible et ne se laisse pas enfermer dans un cadre rigide. Impossible de généraliser la capacité de stockage du lait, le niveau de production de chaque mère ou l’efficacité de succion de chaque bébé — trop de paramètres varient d’une femme à l’autre. C’est justement cette variabilité qui pousse tant de mamans à se comparer entre elles, souvent inutilement.

allaitement

Qu’est-ce qui peut fragiliser un allaitement à la demande ?

On entend souvent qu’un bébé, au sein comme au biberon, devrait manger toutes les trois heures environ, soit huit tétées par 24 heures. Cette idée est déjà fausse à la base : selon l’OMS, la moyenne réelle tourne plutôt autour de 11 tétées par jour. Mieux encore, le Dr Jacqueline Kent, de l’Université d’Australie occidentale, a montré à travers plusieurs études que le nombre de tétées quotidiennes peut, en toute normalité, varier de 6 à 18 selon les bébés !

S’accrocher à des moyennes est donc une erreur classique : une maman convaincue que son enfant « devrait » téter huit fois par jour va chercher à le faire patienter entre les repas, ce qui finit tout simplement par déséquilibrer son allaitement.

La société véhicule aussi son lot d’idées reçues qui sèment le doute chez les jeunes mères. On pense par exemple qu’une tétine peut suffire à apaiser le fort besoin de succion d’un bébé — alors qu’il s’agit d’un besoin physiologique bien réel. En répondant à cette demande avec une tétine plutôt qu’avec le sein, le bébé finit par prendre moins de lait et se montre plus agité une fois mis au sein. Les tétées raccourcissent, les couches sont moins lourdes, les réveils nocturnes se multiplient, et la prise de poids s’en trouve ralentie.

Chercher à imposer un rythme à un bébé part souvent d’une bonne intention : lui apprendre rapidement que ce n’est pas lui qui « commande » et que la nuit est faite pour dormir. En pratique, cela revient à espacer artificiellement les tétées pour qu’il soit rassasié plus longtemps et dorme davantage. Malheureusement, cette logique ne colle pas à la physiologie du nourrisson. Pire, ce type de conseil peut, dans certains cas, précipiter l’arrêt prématuré de l’allaitement — au même titre que la peur, réelle ou imaginée, de manquer de lait, ou que la douleur ressentie pendant les tétées.

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Un allaitement difficile ou douloureux peut lui aussi conduire une mère à abandonner l’idée d’allaiter à la demande. Dans ce cas de figure, mieux vaut consulter un spécialiste de la lactation pour reprendre les bases, car il y a fort à parier que quelque chose s’est mal mis en place au départ. Certains bébés — prématurés, malades, fragiles, hospitalisés ou encore immatures sur le plan neurologique — ne sont d’ailleurs pas allaités à la demande classique, tout simplement parce que la maman ne parvient pas toujours à percevoir clairement leurs signaux. Elle est alors amenée, dans ces situations particulières, à anticiper la demande de son enfant plutôt qu’à l’attendre.

Existe-t-il un âge limite à l’allaitement à la demande ?

La réponse est claire : il n’existe aucun âge limite à l’allaitement à la demande. Même passé un an, même lorsque le bébé mange déjà des aliments solides, on peut continuer à lui proposer le sein dès qu’il le réclame ; il continue d’ailleurs à en tirer facilement entre 450 et 500 ml de lait maternel par jour. Les quantités éjectées varient d’une femme à l’autre — certaines produisent jusqu’à 150 ml par tétée, d’autres plutôt 80 à 100 ml, ce qui reste tout à fait dans la norme. Le bébé ira donc au sein aussi souvent qu’il en a besoin pour recevoir sa ration quotidienne, quel que soit son âge.

Si la maman cesse de répondre à cette demande, sa lactation risque de diminuer progressivement. Or les besoins nutritionnels de l’enfant, eux, ne disparaissent pas : il faudra alors compenser avec du lait infantile. Autrement dit, l’allaitement à la demande n’a jamais posé problème pour installer puis maintenir un allaitement sur la durée — bien au contraire.

Comment arrêter d’allaiter à la demande ?

Une mère qui souhaite prolonger son allaitement ne cherchera généralement pas à arrêter l’allaitement à la demande, car y mettre fin revient, plus ou moins consciemment, à amorcer un sevrage. Si une femme décide de mettre un terme à son allaitement, elle va naturellement recadrer les tétées, les réguler, les écourter, voire les réorganiser autour d’autres repas.

Tout dépend en réalité de l’intention de départ. Si une femme souhaite que le lait maternel reste la base de l’alimentation de son enfant, elle continuera de proposer le sein avant les aliments solides. À l’inverse, dès qu’elle introduit purées et compotes en priorité, l’enfant amorce tout doucement une transition vers le sevrage. Rien de dramatique là-dedans : c’est un processus pragmatique et progressif. On a souvent peur qu’un bébé « n’arrive pas à se passer » du sein, alors qu’en réalité il tète pour bien plus que la simple prise de lait — il y cherche aussi du réconfort et des anticorps précieux pour son immunité. C’est une part naturelle de sa croissance. Au fil des années, l’enfant augmente petit à petit la part d’aliments solides dans son alimentation, au détriment du lait maternel, jusqu’à s’en détourner spontanément, généralement entre 2 et 3 ans.

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Comment allaiter des jumeaux à la demande ?

Le principe reste exactement le même que pour un enfant unique. Allaiter des jumeaux ou des triplés à la demande signifie répondre aux besoins de chacun, chacun leur tour, à leur propre rythme — ce qui peut sembler chaotique au premier abord, mais qui donne au final des bébés plus apaisés et qui pleurent moins. À l’inverse, vouloir imposer des horaires de tétée fixes à plusieurs bébés à la fois complique considérablement le quotidien des mamans de multiples.

Peut-on donner « trop » le sein à son bébé ?

C’est une inquiétude fréquente, mais la réponse est rassurante : non, il n’existe pas de risque à trop donner le sein. Une maman généreuse, qui propose le sein même quand son enfant ne semble pas franchement le réclamer, se rendra vite compte d’une chose : on ne peut tout simplement pas forcer un bébé à téter s’il n’en a pas besoin. Le lait maternel contient d’ailleurs deux protéines clés dans la régulation de l’appétit, la ghréline et la leptine. Proposer le sein pour d’autres raisons qu’une simple faim — le réconfort, l’endormissement, un besoin de proximité — ne pose donc aucun problème : le bébé prendra la quantité de lait dont il a réellement besoin, ni plus, ni moins. C’est un mécanisme intuitif, que l’on suit souvent sans même s’en rendre compte. D’ailleurs, aucune étude n’a jamais montré de bébé allaité dépassant les courbes de poids de référence établies par l’OMS.

Source: MagicMaman

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