« Je ne suis ni meilleur ni pire parce que je vis dans la rue », confie Manuel. Malgré une situation particulièrement difficile, ce travailleur tente de garder la tête haute et de préserver sa dignité, avec un objectif bien précis : retrouver enfin un logement stable.
Avoir un emploi ne suffit malheureusement plus toujours pour pouvoir se loger correctement. Avec la hausse des loyers, un pouvoir d’achat sous pression et un parc de logements accessibles qui peine à répondre à la demande, certains travailleurs se retrouvent aujourd’hui dans des situations que l’on aurait autrefois associées uniquement à l’absence d’emploi.
C’est précisément ce que vit Manuel. Employé comme magasinier, il travaille chaque jour, touche un salaire et tente d’économiser autant que possible. Pourtant, faute d’avoir réussi à trouver un appartement dans ses moyens, il est actuellement contraint de dormir dans la rue.
En France, cette problématique touche également de nombreux ménages. En janvier 2026, le loyer moyen d’un appartement non meublé atteignait environ 671 euros, selon les données publiées par SeLoger. Une moyenne qui cache toutefois de très fortes différences selon les villes et les régions, notamment dans les grandes agglomérations et en région parisienne.
Dans le même temps, le marché du logement reste sous tension. La construction de logements neufs a ralenti, l’offre locative disponible est insuffisante dans plusieurs territoires et les demandes de logements sociaux continuent d’augmenter. Une situation qui rend l’accès à un toit de plus en plus compliqué pour les personnes disposant de revenus modestes.
Malgré son emploi de magasinier, Manuel dort dans la rue

La situation n’est pas propre à la France. En Espagne aussi, l’augmentation des loyers et le manque de logements abordables placent certains salariés dans une position extrêmement fragile.
Manuel Heredia connaît cette réalité de près. Il travaille dans un entrepôt et gagne environ 1 200 euros par mois. Une somme qui lui permet de couvrir ses dépenses quotidiennes, mais qui reste insuffisante pour accéder facilement à un appartement, notamment lorsqu’un propriétaire demande plusieurs mois de garantie ou différentes preuves de solvabilité.
Auprès du journal espagnol Diari ARA, Manuel a raconté sans détour son quotidien :
« Ma situation actuelle est la suivante : je vis dans la rue malgré un emploi. Je dors sous les portes de la bibliothèque. Au début, c’était très difficile. »
Son parcours a basculé alors qu’il était encore au chômage. Après une séparation avec sa compagne, il s’est retrouvé sans logement. Les allocations qu’il percevait à ce moment-là ne lui permettaient pas de payer seul un loyer.
Sans solution immédiate et sans ressources suffisantes pour avancer une caution ou plusieurs mensualités, il n’a eu d’autre choix que de commencer à dormir dehors.
Manuel économise pour retrouver un appartement
Depuis, la situation professionnelle de Manuel s’est améliorée. Il a retrouvé un travail et concentre désormais une grande partie de ses efforts sur un seul objectif : mettre suffisamment d’argent de côté pour pouvoir louer un logement.
« J’économise presque tout ce que je gagne, les heures supplémentaires, tout, pour pouvoir payer deux mois de loyer d’avance », explique-t-il.
Chaque euro compte. Manuel limite donc ses dépenses au maximum afin de constituer la somme nécessaire pour rassurer un futur propriétaire et pouvoir enfin signer un bail.
Il explique également avoir fait un choix difficile : pour le moment, il préfère dormir dans la rue tout en pouvant manger correctement plutôt que consacrer la quasi-totalité de son salaire à un logement et ne plus avoir suffisamment d’argent pour ses besoins essentiels.
Mais vivre dehors tout en travaillant à temps plein est particulièrement éprouvant. Les nuits sont rarement réparatrices, car Manuel doit rester constamment sur ses gardes.
« Quand je dors dans la rue, je suis beaucoup plus fatigué parce que je reste éveillé, craignant qu’il m’arrive quelque chose. Je dois faire comme les animaux : déconnecter la moitié de mon cerveau pour dormir et activer l’autre moitié pour être prêt à toute éventualité. »
Le manque de sommeil vient ainsi s’ajouter aux journées de travail. Malgré cette fatigue et l’incertitude qui pèse sur son quotidien, Manuel continue de se rendre à son emploi et tente de conserver une vie aussi normale que possible.
Manuel espère retrouver un logement d’ici la fin de l’année
Manuel refuse surtout que sa situation actuelle définisse la personne qu’il est. Même sans logement, il met un point d’honneur à prendre soin de lui et à préserver sa dignité.
Chaque matin, il se lève très tôt afin de pouvoir faire sa toilette grâce à une fontaine publique avant de commencer sa journée de travail. Il veille également à porter des vêtements propres et à conserver une hygiène quotidienne malgré les difficultés pratiques que cela représente lorsqu’on vit dehors.
Le magasinier précise qu’en dehors du tabac, il n’a aucune addiction. Il essaie également de faire attention à son alimentation et consacre une partie de son budget à l’achat de fruits et de légumes.
Pour lui, vivre dans la rue ne doit pas automatiquement être associé à l’abandon de soi ou à l’absence d’efforts. Sa situation est avant tout le résultat d’une période difficile et d’un marché immobilier devenu inaccessible avec ses revenus actuels.
Malgré les nuits passées dehors et la fatigue accumulée, Manuel garde donc confiance. Il espère que ses économies lui permettront bientôt de franchir une nouvelle étape et de retrouver enfin un logement.
« Je ne suis ni meilleur ni pire parce que je vis dans la rue, je suis juste quelqu’un qui se débrouille du mieux qu’il peut, avec dignité », résume-t-il.
Son objectif est désormais clair : continuer à travailler, économiser et parvenir à retrouver un appartement d’ici la fin de l’année. Pour Manuel, obtenir les clés d’un logement ne représenterait pas seulement un changement d’adresse, mais surtout le retour à une vie plus stable, à des nuits paisibles et à la possibilité de véritablement repartir de l’avant.
