L’affaire Pélicot restera comme l’un des procès les plus marquants de ces dernières années en France. Pendant près de dix ans, Gisèle Pélicot aurait subi des violences orchestrées par son mari, Dominique Pélicot. Selon les éléments du dossier, il la droguait avant de commettre des viols et de la livrer à d’autres hommes recrutés en ligne. En décembre 2024, après plus de trois mois d’audience à Avignon, il a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Cinquante autres accusés ont également été reconnus coupables dans ce que les médias ont appelé le « procès des viols de Mazan ».
Ce verdict a transformé Gisèle Pélicot en symbole de la lutte contre les violences sexuelles. Saluée pour son courage, soutenue par de nombreuses associations, elle a même reçu la Légion d’honneur. Mais derrière cette reconnaissance publique, la réalité familiale est plus complexe. Ses enfants — David, Florian et Caroline — ont eux aussi traversé cette tempête judiciaire, avec des conséquences psychologiques et relationnelles considérables.
Aujourd’hui âgée de 46 ans, Caroline Darian prend la parole pour partager une vérité douloureuse : malgré des années de soutien à sa mère, elle a choisi de couper les ponts.

L’affaire Pélicot : une relation mère-fille fragilisée par le déni
Dans son entretien, Caroline confie : « Ce que j’essaie de dire, c’est que ma mère n’est pas une icône — pas pour moi ». Au cœur de leur rupture, un désaccord majeur. Caroline reproche à sa mère de ne pas reconnaître qu’elle aurait pu être, elle aussi, victime de violences sexuelles et d’inceste de la part de Dominique Pélicot.
Caroline a déposé plainte contre son père pour administration de substances psychoactives et abus sexuels. Elle explique souffrir depuis longtemps de troubles gynécologiques et être convaincue d’avoir été droguée puis agressée à son insu. Pour elle, l’absence de reconnaissance de la part de sa mère représente une blessure supplémentaire.
Elle évoque également un moment marquant du procès. Après avoir crié à son père : « Tu mourras seul comme un chien en prison ! », elle affirme que sa mère lui aurait reproché de « se donner en spectacle ». Une remarque qu’elle a vécue comme un abandon. « Pendant quatre ans, j’ai accompagné ma mère partout. Je l’ai soutenue sans jamais la juger », explique-t-elle, soulignant qu’elle espérait un soutien réciproque dans la salle d’audience.
Selon ses mots, « ma mère m’a lâché la main dans la salle d’audience », une phrase qui résume l’ampleur de sa déception et de sa colère.

Gisèle Pélicot et Caroline Darian : entre reconnaissance publique et blessures privées
Au-delà du conflit familial, cette situation soulève la question du victim blaming. Lorsque des violences éclatent au grand jour, les victimes doivent parfois encore se justifier — y compris au sein de leur propre famille. Caroline estime que le refus de sa mère de reconnaître son possible statut de victime a ravivé une douleur profonde.
Dans les affaires d’inceste et de violences intrafamiliales, le déni peut devenir un mécanisme de protection. Mais il peut aussi créer des fractures durables. Le contraste entre l’image publique de Gisèle Pélicot, devenue figure internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, et la mère décrite par Caroline, apparaît saisissant.
Caroline rappelle que derrière la figure médiatique se trouve une famille marquée par des interrogations restées sans réponse. « Ma mère a été propulsée sous les feux de la rampe. Mais nous, ses enfants, nous restons avec nos questions », explique-t-elle en substance.
Aujourd’hui, Caroline Darian poursuit son propre combat à travers ses prises de parole et ses écrits. Elle se décrit comme une « victime oubliée » de l’affaire. Sa plainte contre son père est toujours en cours, et elle espère obtenir un jour justice et reconnaissance pour ce qu’elle affirme avoir subi.
Source : Aufeminin
