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Cancer : « Il existe un risque important », un oncologue alerte sur ce médicament pris par des millions de Français

Pris par des millions de Français pour soulager les brûlures d’estomac et les reflux gastriques, certains médicaments très courants pourraient interagir avec plusieurs traitements contre le cancer. Le professeur Jean-Luc Raoul, oncologue médical, appelle à davantage de vigilance après avoir étudié la question. Quels médicaments sont concernés et faut-il réellement s’en méfier ?

Ces dernières années, les traitements contre le cancer ont considérablement progressé et offrent de meilleures chances de rémission aux patients. Mais leur efficacité peut aussi dépendre d’un élément auquel on pense moins spontanément : les autres médicaments pris en parallèle.

C’est justement sur ce point que le professeur Jean-Luc Raoul, oncologue médical à Saint-Herblain, attire l’attention. Après avoir mené une étude prospective publiée en juillet 2024, le spécialiste s’est intéressé à une famille de médicaments extrêmement répandue : les inhibiteurs de la pompe à protons, ou IPP.

Ces traitements sont généralement utilisés contre le reflux gastro-œsophagien, les brûlures d’estomac ou certaines douleurs digestives. Ils sont aussi souvent prescrits en complément d’un traitement contre le cancer, pour soulager les remontées acides qu’il peut provoquer.

Le problème ? Des recherches récentes suggèrent que les IPP pourraient perturber l’action de certaines thérapies anticancéreuses. Dans un entretien accordé à Ouest-France, le professeur Raoul évoque ainsi un « fort risque de diminution de l’efficacité de plusieurs traitements anticancer », avec un possible impact sur la survie des patients.

Les effets insoupçonnés des médicaments contre l’acidité gastrique

Les inhibiteurs de la pompe à protons comptent parmi les traitements les plus connus pour réduire l’acidité de l’estomac. Ils sont notamment prescrits en cas de reflux, d’ulcère ou de douleurs digestives.

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Cette famille comprend des molécules bien connues telles que l’oméprazole, l’ésoméprazole ou le lansoprazole. Efficaces et faciles d’accès, elles sont largement utilisées en France : selon les chiffres rappelés par Doctissimo, on comptait environ 16 millions de prescriptions d’IPP en 2019.

Leur usage est également fréquent en cancérologie, y compris chez les oncologues eux-mêmes, qui cherchent à soulager les patients sous chimiothérapie des brûlures d’estomac. Dans l’étude du professeur Raoul, plus d’un patient sur quatre prenait des IPP.

Une proportion suffisamment importante pour soulever une question essentielle : ces médicaments, pourtant banals en apparence, pourraient-ils compromettre l’efficacité des traitements contre le cancer ?

Médicaments, eau et stéthoscope-min

Un impact direct sur l’efficacité des traitements anticancer

Selon l’oncologue, les IPP pourraient altérer l’action de plusieurs traitements anticancer. Il cite notamment des inhibiteurs de la tyrosine kinase (ITK), comme l’erlotinib, le géfitinib et le pazopanib, indiqués dans le traitement du cancer du poumon et de certains sarcomes.

Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, utilisés en immunothérapie, pourraient eux aussi perdre en efficacité.

« Ces médicaments peuvent non seulement limiter une bonne absorption du traitement anticancéreux mais aussi modifier le microbiote intestinal, lequel interagit avec l’immunité anticancéreuse », explique le professeur Raoul. Une moins bonne absorption de ces thérapies pourrait ainsi réduire les chances de rémission et augmenter le risque de progression de la maladie.

Faut-il arrêter ces médicaments pendant un traitement contre le cancer ?

Pas forcément, et surtout pas sans l’avis d’un médecin. Le professeur Raoul souhaite lancer une grande étude rétrospective à partir de bases de données nationales, mais les résultats ne sont pas attendus de sitôt. Or, selon lui, le problème est « assez brûlant pour ne pas attendre ».

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En attendant, l’oncologue recommande aux patients sous traitement anticancer d’en discuter avec leur médecin afin d’envisager des alternatives plus sûres. « Des médicaments, certes moins efficaces mais avec peu de risque d’interaction existent », affirme-t-il.

Parmi ces alternatives figurent les antiacides classiques, comme le Gaviscon, ou encore les antagonistes des récepteurs H2. Ils sont moins puissants que les IPP, mais présenteraient un risque d’interaction beaucoup plus faible avec les traitements oncologiques.

Pour les patients souffrant de troubles digestifs chroniques, l’enjeu est donc d’adapter la prescription afin de préserver l’efficacité du traitement contre le cancer tout en gardant un bon confort digestif. Le réflexe à retenir : parler de l’ensemble de ses médicaments à son oncologue, son médecin traitant ou son pharmacien.

En bref

  • Les IPP, utilisés contre le reflux et les brûlures d’estomac, pourraient réduire l’efficacité de certains traitements anticancéreux.
  • Le professeur Raoul recommande d’en discuter avec son médecin pour envisager des alternatives, sans arrêter son traitement seul.
  • Des solutions comme les antiacides classiques ou les antagonistes des récepteurs H2 présenteraient moins de risques d’interaction.

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