Près d’un tiers des parents estime encore que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter
Sept ans après l’adoption de la loi anti-fessée, les violences faites aux enfants restent une réalité préoccupante. D’après un récent baromètre publié par la Fondation pour l’enfance, 83 % des parents reconnaissent avoir eu recours à au moins une forme de violence verbale ou psychologique au cours des douze derniers mois. Plus inquiétant encore, près d’un quart considère toujours la fessée comme une méthode à la fois acceptable et efficace.
Ces chiffres montrent à quel point certaines pratiques éducatives restent ancrées dans les habitudes. Malgré les évolutions législatives et les campagnes de sensibilisation, beaucoup de parents continuent de percevoir ces gestes comme des outils éducatifs, parfois sans en mesurer pleinement les conséquences sur le développement de l’enfant.
Selon la Fondation, les violences éducatives ordinaires demeurent largement banalisées, voire intégrées dans les schémas éducatifs classiques. L’étude révèle que 32 % des parents pensent encore que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour bien se comporter. En parallèle, 25 % jugent la fessée efficace, tandis que 23 % estiment que les parents qui y ont recours ont raison de le faire.
Les pères plus adeptes de la violence que les mères
Le baromètre met également en évidence une différence notable entre les comportements des pères et des mères. En effet, 40 % des hommes considèrent que les punitions corporelles sont parfois nécessaires, contre 25 % des femmes. Cet écart souligne des visions éducatives encore contrastées selon le genre, avec une tolérance plus élevée chez les pères envers ces pratiques.
Pourtant, la législation française est claire. Depuis la loi du 10 juillet 2019, souvent appelée loi anti-fessée, il est inscrit dans le Code civil que l’autorité parentale doit s’exercer sans recourir à des violences physiques ou psychologiques. Cette mesure visait à poser un cadre ferme et à encourager des méthodes éducatives respectueuses.
Avec cette loi, la France a rejoint les pays engagés dans l’interdiction de ces pratiques, devenant le 56e pays à bannir les violences éducatives. Plus récemment, une décision de la Cour de cassation est venue rappeler qu’aucun « droit de correction » ne pouvait justifier ces comportements. Malgré cela, sur le terrain, ces pratiques continuent d’être perçues comme des outils éducatifs par une partie des parents.
Les données du baromètre sont parlantes : au cours des douze derniers mois, 30 % des parents déclarent avoir donné une tape, 22 % reconnaissent avoir donné une fessée, et 19 % admettent avoir utilisé des propos dévalorisants comme « stupide » ou « paresseux ». Au total, 37 % des parents disent avoir exercé au moins une violence physique sur leur enfant durant l’année écoulée.
Ces résultats mettent en lumière un décalage persistant entre la loi et les pratiques réelles. Ils soulignent aussi l’importance de poursuivre les actions de sensibilisation et d’accompagnement des parents vers des méthodes éducatives plus positives et respectueuses du développement des enfants.
Ce baromètre, réalisé par l’Ifop en partenariat avec l’équipe de recherche Prévéo, s’appuie sur une enquête menée en ligne du 30 janvier au 9 février auprès de 1 005 parents d’enfants âgés de 0 à 17 ans. L’échantillon est représentatif de la population concernée, ce qui renforce la portée de ces conclusions.
Source : 20Minutes
