Les enfants permettent-ils vraiment une retraite anticipée ?
Nombreux sont les parents qui s’imaginent que le fait d’avoir élevé plusieurs enfants pourrait leur ouvrir la voie vers une retraite anticipée, surtout avec les évolutions récentes du système. Cette idée, souvent basée sur des dispositifs anciens ou mal compris, persiste. Mais est-elle réellement fondée ? Entre les trimestres pour enfants, la notion de carrière longue, et quelques exceptions très spécifiques, il est temps de faire le point.
Des enfants = une retraite plus tôt ? Ce n’est pas si simple
Depuis longtemps, beaucoup pensent qu’avoir des enfants signifie partir à la retraite avant les autres. Et avec les dernières réformes, cette croyance a refait surface. Mais entre souvenirs de vieux dispositifs, bonus familiaux réels et idées reçues, tout se mélange. Il est donc crucial de distinguer ce qui est vrai de ce qui relève du mythe.
Concrètement, il y a deux notions à connaître : l’âge légal de départ, qui est l’âge minimum pour toucher sa retraite, et la durée d’assurance requise pour éviter une décote. Les enfants peuvent aider sur la deuxième, mais pas sur la première. En résumé, ils ne vous permettent pas de partir plus tôt en âge, mais ils peuvent vous éviter de travailler plus longtemps.
Retraite et enfants : ce que vous gagnez vraiment

Sur le plan juridique, les choses sont claires : aucun trimestre pour enfant ne vous permet de partir avant l’âge légal. Ces trimestres ne peuvent pas être utilisés pour franchir cette barrière. En revanche, ils comptent dans votre durée d’assurance et peuvent donc vous permettre d’atteindre plus facilement une retraite à taux plein.
Si vous êtes salarié(e) du privé, vous bénéficiez généralement de huit trimestres par enfant : quatre pour la maternité ou l’adoption, et quatre pour l’éducation. Pour les enfants nés après 2010, ces trimestres d’éducation peuvent être partagés entre les deux parents, à condition de le faire dans les six mois suivant le quatrième anniversaire de l’enfant. Côté fonction publique, les règles sont plus strictes : seuls deux à quatre trimestres peuvent être accordés, et cela dépend souvent d’une interruption d’activité.
Ce qui ne change pas avec des enfants :
- l’âge minimum pour partir à la retraite,
- et l’âge du taux plein automatique à 67 ans.
Ce qui change :
- la durée d’assurance totale,
- le risque de décote,
- et parfois le montant de votre pension.
Combien de trimestres vos enfants vous font-ils réellement gagner ?

Pour y voir plus clair, prenons un exemple concret. Béatrice, salariée dans le secteur privé, est mère de deux enfants. Elle doit réunir 168 trimestres pour bénéficier d’une retraite à taux plein à 62 ans. Or, sa carrière lui en apporte seulement 156. Sans enfants, elle devrait donc travailler trois années de plus.
Grâce à ses deux enfants, elle bénéficie de 16 trimestres de majoration (huit par enfant), ce qui lui permet d’atteindre 172 trimestres. Résultat ? Béatrice peut partir à 62 ans, avec une retraite complète, et éviter trois années de travail supplémentaires. Mais attention : son âge légal ne change pas. Elle ne part pas « plus tôt » que les autres, elle part simplement sans pénalité.
Quand les enfants ne changent rien à la date de départ
Les confusions viennent souvent du dispositif de carrière longue. Ce système permet un départ anticipé pour ceux qui ont commencé à travailler très jeunes. Mais seuls les trimestres cotisés ou assimilés comptent. Les trimestres pour enfant, eux, sont exclus. Vous ne pouvez donc pas prétendre à ce type de départ plus tôt grâce à vos enfants.
C’est aussi le cas pour l’ancien dispositif des fonctionnaires avec trois enfants, supprimé en 2012. Il ne s’applique plus aujourd’hui, sauf pour quelques cas déjà engagés dans le système avant cette date.
Les exceptions rares où les enfants permettent un vrai départ anticipé
Il existe néanmoins quelques cas particuliers. Les parents d’enfants lourdement handicapés peuvent bénéficier de jusqu’à huit trimestres supplémentaires. Dans le régime général, ils peuvent aussi obtenir une retraite à taux plein dès 65 ans, même sans avoir validé tous les trimestres nécessaires.
Du côté des fonctionnaires, certains peuvent partir plus tôt s’ils remplissent des critères très précis : avoir un enfant invalide, avoir interrompu leur activité pour s’en occuper, et avoir au moins 15 ans de service.
Quant à la fameuse majoration de 10 % pour trois enfants ou plus, elle agit uniquement sur le montant de la pension, et en aucun cas sur l’âge de départ.
