Théories du complot : quand l’intolérance à l’incertitude alimente la croyance
Depuis quelques années, les théories complotistes ont trouvé un écho grandissant sur Internet, alimentant la méfiance au sein de la population et inquiétant les autorités sanitaires. Mais une question persiste : pourquoi autant de personnes y adhèrent-elles ? Des chercheurs internationaux ont récemment mis en lumière un facteur souvent négligé : l’intolérance à l’incertitude. Ce trait de personnalité semble jouer un rôle crucial dans la façon dont certains individus basculent vers des récits alternatifs.
Un profil psychologique passé au crible

Face à la montée des croyances conspirationnistes, des chercheurs en psychologie cognitive ont tenté d’identifier les caractéristiques mentales qui rendent certaines personnes plus vulnérables à ces discours. Leur étude, publiée en décembre 2025 dans la revue Applied Cognitive Psychology, a porté sur un échantillon de 253 adultes répartis entre le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud, avec un âge moyen de 49 ans. Leur objectif ? Comprendre pourquoi certaines personnes sont plus enclines à croire que des groupes influents cachent délibérément la vérité sur des sujets majeurs, du COVID-19 à la mort mystérieuse de figures publiques.
Méthodologie : de l’évaluation psychologique aux opinions recueillies
Pour mieux cerner ce phénomène, les participants ont dû réagir à des affirmations révélant une méfiance envers les autorités et une croyance dans des stratégies de dissimulation, telles que : « Les dirigeants politiques ne disent pas toute la vérité sur leurs actions. » Les chercheurs ont également rassemblé des données variées : âge, genre, situation socio-économique, croyances religieuses et préférences politiques. Mais surtout, ils ont analysé leur tolérance face à l’incertitude et à l’imprévisible.
Intolérance à l’ambiguïté : au cœur de la croyance complotiste
Le résultat majeur de cette recherche ? Les individus qui ont du mal à faire face à l’incertitude semblent beaucoup plus attirés par les théories du complot. Pourquoi ? Parce que leur besoin d’explications claires et structurées les pousse à chercher des récits rassurants. Quand le monde paraît flou ou complexe, ces personnes trouvent un certain soulagement dans des théories qui offrent des réponses simples. Pour elles, les discours conspirationnistes permettent de réduire l’anxiété en apportant une forme de cohérence dans un univers perçu comme chaotique.
Facteurs démographiques et croyances sociales
L’étude a aussi identifié d’autres éléments influents. D’un point de vue démographique, les femmes ainsi que les personnes plus jeunes montrent une sensibilité légèrement plus élevée aux récits conspirationnistes. Par ailleurs, une forte implication religieuse et une orientation politique conservatrice semblent renforcer cette tendance. Autre point notable : les individus percevant le monde comme injuste ou inégal ont plus de chances de développer une vision méfiante à l’égard des discours officiels.

Des résultats intéressants mais à prendre avec prudence
Bien que cette étude apporte des pistes prometteuses, elle comporte des limites. Le nombre restreint de participants (253 personnes) et la diversité culturelle des pays étudiés rendent les généralisations délicates. Néanmoins, elle ouvre de nouvelles perspectives sur les mécanismes psychologiques qui alimentent l’adhésion aux théories du complot, et invite à mener d’autres recherches plus larges pour mieux comprendre ces dynamiques complexes.
