Gisèle Pelicot et Caroline Darian : Les dessous d’une relation mère-fille fracturée par l’horreur
Entre la colère dévastatrice, l’incompréhension mutuelle et des tentatives fragiles de reconstruction, Gisèle Pelicot lève le voile sur le lien complexe qui l’unit à sa fille, Caroline Darian. Plus d’un an après le séisme du procès de Mazan, ce témoignage poignant révèle les cicatrices invisibles d’une famille brisée par l’indicible.
Convaincue d’avoir été, elle aussi, une victime de la soumission chimique orchestrée par son père, Caroline vit dans l’attente d’une vérité qui ne vient pas. Lors des investigations, des clichés troublants la montrant endormie en sous-vêtements ont été exhumés de l’ordinateur familial. Ces preuves visuelles ont instauré un doute insoutenable, une zone d’ombre qu’aucune décision de justice n’a permis d’éclairer jusqu’à présent.
Depuis ces révélations, le duo mère-fille tente de naviguer en eaux troubles. Entre le sentiment d’abandon et la fracture émotionnelle, leur lien s’est distendu sous le poids du traumatisme. Caroline Darian reproche à sa mère une forme de déni ou de manque de reconnaissance de son propre statut de victime. De son côté, Gisèle Pelicot admet avoir privilégié le silence pour tenter de protéger sa famille du chaos. Dans une interview exclusive au New York Times Magazine publiée ce 13 février, elle revient sur cette intimité abîmée.

Gisèle Pelicot et la relation brisée avec sa fille : Le poids du silence
Le monde de Gisèle s’effondre en 2020. La police lui révèle l’atroce réalité : Dominique Pelicot, l’homme de sa vie, l’a droguée pendant près de dix ans pour orchestrer des viols aggravés dans leur propre chambre. Ce qui était « la maison du bonheur » devient la scène d’un crime de masse. Les perquisitions révèlent l’ampleur de la perversité du prévenu, incluant des photos de ses belles-filles sous la douche et, plus grave encore, des images de Caroline Darian dans un état de sommeil suspect.
Pour Caroline, la certitude est immédiate : elle a été une proie. Pourtant, face aux dénégations de son père et à l’absence de poursuites judiciaires spécifiques pour ces faits, elle se heurte à un mur. Cette impunité judiciaire crée un fossé avec sa mère. Gisèle Pelicot confesse aujourd’hui : « Je ne l’ai peut-être pas suffisamment soutenue ». Cette pudeur maternelle, interprétée comme une trahison, souligne la difficulté de faire converger deux parcours de reconstruction face à un même bourreau.

Une reconstruction lente et compliquée : Apprendre à se reparler
Avec une lucidité désarmante, Gisèle Pelicot analyse la distance qui s’est installée entre elles. Elle évoque un mécanisme d’autodéfense face à la haine viscérale que sa fille manifeste envers Dominique Pelicot. La douleur, loin de toujours souder les individus, peut parfois agir comme un puissant répulsif. « Chacun se reconstruit à son propre rythme », rappelle-t-elle, soulignant que la gestion du traumatisme collectif familial est une épreuve solitaire.
Le tournant de septembre 2024 a été crucial. Caroline avait convaincu sa mère de refuser le huis clos pour faire du procès une tribune contre la soumission chimique. Mais la violence des débats a fini par briser Caroline, entraînant une hospitalisation pour dépression. Ce moment de rupture a exacerbé les tensions, Caroline accusant sa mère de ne pas valider sa parole d’enfant abusée.
Aujourd’hui, une lueur d’espoir émerge. Gisèle reconnaît enfin l’enfer de ce doute persistant et valide l’existence d’un « regard incestueux » du père. Bien que la justice reste muette sur le cas de Caroline, le dialogue reprend. Les deux femmes s’appellent désormais quotidiennement. Si la colère de Caroline reste entière envers son géniteur, elle semble avoir compris que Gisèle Pelicot est, elle aussi, une survivante qui tente de panser ses plaies.
