Confrontés à une nouvelle bouleversante, Keri et Royce Young ont pris une décision aussi douloureuse qu’extraordinairement généreuse : poursuivre la grossesse de leur bébé condamnée par une grave malformation, afin qu’elle puisse devenir donneuse d’organes et offrir une chance de vie à d’autres familles.
« Continuer une grossesse en sachant que son enfant ne survivra pas, uniquement pour permettre à d’autres de vivre. » Cette réalité impensable est devenue celle de Keri et Royce Young, un couple originaire de l’Oklahoma. En février 2017, lors d’une échographie réalisée à la 19e semaine de grossesse, les médecins leur annoncent une terrible nouvelle : leur petite fille est atteinte d’anencéphalie, une malformation rare et incurable empêchant le développement du cerveau.
Face à cette épreuve inimaginable, les Young choisissent de ne pas interrompre la grossesse. Leur objectif est clair : permettre à leur bébé de devenir donneuse d’organes afin d’aider d’autres enfants et d’apporter un peu d’espoir à des familles confrontées à la souffrance. Royce Young partage leur histoire dans plusieurs publications sur Facebook puis sur Medium. Leur fille portera un prénom hautement symbolique : Eva, qui signifie « celle qui donne la vie ».
Une grossesse poursuivie dans un élan de générosité

Dès l’annonce du diagnostic, Royce Young, journaliste et écrivain pour ESPN, décide de raconter publiquement le combat de sa famille. Écrire devient pour lui une manière de traverser la douleur et de mettre des mots sur l’inimaginable. Il se souvient particulièrement de la réaction de son épouse Keri, encore bouleversée par la nouvelle, mais déjà tournée vers les autres.
« Dans l’un des moments les plus difficiles de sa vie, lorsqu’elle a appris que notre bébé ne pourrait pas survivre, il lui a fallu moins d’une minute pour penser à ceux qui pourraient être sauvés », raconte-t-il. Cette décision, prise dans une immense souffrance, témoigne d’un courage et d’un altruisme rares.
Pendant près de vingt semaines supplémentaires, Keri a poursuivi sa grossesse avec la conscience permanente que chaque instant passé avec Eva serait précieux et limité. Malgré la douleur émotionnelle, le couple gardait une mission en tête : permettre à leur enfant de venir au monde afin qu’elle puisse, à sa manière, transmettre la vie.
« Notre objectif était simple : accompagner Eva jusqu’à sa naissance, même si elle devait partir aussitôt, et lui donner l’opportunité d’aider d’autres familles », explique Royce Young. Derrière cette décision se cache une profonde humanité, bien plus forte que le désespoir.
Un accouchement bouleversant et un dernier espoir
Tout avait été soigneusement préparé pour une césarienne programmée le 2 mai 2017. Les médecins espéraient ainsi maximiser les chances de prélever les organes d’Eva dans les meilleures conditions possibles. Mais les événements ont pris une tournure inattendue.
Le 16 avril, Keri remarque que le bébé ne bouge plus. Très vite, les médecins confirment que le cœur d’Eva s’est arrêté. L’accouchement est déclenché dès le lendemain. Eva naît sans vie le 17 avril 2017, rendant impossible le don de ses organes internes.
Malgré cette immense tragédie, une possibilité subsiste : ses yeux peuvent être donnés. Rapidement, un receveur compatible est identifié. Ce geste permet alors à Eva de laisser une empreinte unique et de transformer le drame en une forme d’espoir.
Royce Young évoque ce moment avec beaucoup d’émotion : « C’est étrange de dire que la pire épreuve de ma vie a aussi été l’un des moments les plus forts que j’ai connus. » Grâce à ce don exceptionnel, Eva devient la première personne dans l’Oklahoma à offrir ses deux yeux.
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Des souvenirs précieux gravés pour toujours
Le couple n’a partagé que quelques instants avec leur fille, mais ces moments resteront à jamais ancrés dans leur mémoire. Comme beaucoup de parents confrontés à une perte, ils continuent d’imaginer la petite fille qu’Eva aurait pu devenir.
Royce raconte qu’ils se posent encore de nombreuses questions : aurait-elle eu les cheveux foncés ou clairs ? Aurait-elle ressemblé à son frère ? Aurait-elle hérité des fossettes de sa mère ? Ces pensées accompagnent désormais leur quotidien.
Il garde également en mémoire un détail particulièrement marquant : « Pendant le peu de temps où nous avons pu rester avec elle, l’un de ses yeux était légèrement entrouvert, et j’ai eu envie de regarder. »
Dans un témoignage bouleversant, il conclut avec ces mots chargés d’émotion : « Je ne pourrai jamais entendre son rire ni la serrer à nouveau dans mes bras. Mais un jour, peut-être, je pourrai regarder à travers ses yeux et découvrir enfin leur couleur. »

